Cratères et autres merveilles du Neguev

Si vous prenez la route pour Eilat depuis Jerusalem, ne longez pas la mer morte, passez par Beer Sheva, et continuez droit au Sud. Vous traverserez une étendue de steppe jusqu’à Sdé Boker* et soudain, vous pénétrerez dans le désert de Tsin. Nos ancêtres y sont passés en sortant d’Egypte. C’est même de là que Moshé envoya les premiers explorateurs espionner le pays de Canaan.
Ils montèrent donc et explorèrent le pays depuis le désert de Tsin jusqu’à Rehov, près de Levo-hamath. (Nombres 13:21).

Le paysage change brutalement. Ici plus de steppe mais un désert grandiose, accidenté à souhait.
Et c’est ainsi que vous découvrirez le מכתש רמון (Makhtesh Ramon), le cratère Ramon, l’un des trois cratères du Néguev*.

Ces cratères ne sont pas le résultat d’une quelconque activité volcanique ni de la chute d’une météorite, ils sont appelés cirques d’érosion karstique, ce sont des dépressions à parois abruptes circulaires ou ovales qui se sont formées au cours des millénaires.


Que s’est-il donc passé?
Il y a des millions d’années, le désert du Néguev était recouvert d’un océan. Lorsque la zone s’est asséchée, cet océan a laissé derrière lui une large dépression ovale, qui s’est creusée de plus en plus en son centre, là où les roches étaient les plus tendres. Le fond du cratère a continué à s’approfondir, Au fur et à mesure, d’avantages de couches anciennes sont apparues jusqu’à sa profondeur actuelle de 500 mètres. Sur une longueur de 40 km et une largeur de 9 km, le Makhtesh Ramon, avec ses fossiles et ses formations rocheuses est un paradis pour les géologues.

Une des parois au Sud est recouverte de fossiles d’ammonites:

(Photo Wikipedia)


Le point le plus bas du cratère, la source Saharonim est la seule source de la région.

Une variété incroyable de plantes poussent dans la région de Ramon, notamment des pistachiers de l’Atlantique, du nerprun, des pâquerettes, des tulipes et d’autres buissons et arbustes.
Quant aux animaux, les bouquetins, léopards, hyènes rayées, renards des sables, gazelles, vous ne les verrez pas tous mais eux vous regardent. Attention aux dromadaires des bédouins, laissés sans surveillance, il vous gêneront parfois sur la route.
Si vous êtes en forme, il existe de nombreux sentiers de randonnées, et vous pouvez même faire de la descente en rappel le long des parois. Mais, n’oubliez de prendre de l’eau (beaucoup d’eau) et de dire à vos proches où vous allez, le désert est magnifique mais aussi dangereux. Si vous n’êtes pas aventureux, un guide vous emmènera faire un tour d’environ deux heures dans sa Jeep.
Et si vous pouvez le visiter au début du mois d’aout, le Makhtesh Ramon est l’endroit idéal pour observer les étoiles, vous pourrez aussi utiliser l’observatoire du mont Ramon qui culmine à 1037 mètres.

(L’observatoire George S. Wise, premier président de l’Université de Tel Aviv)

Vous aurez droit aussi à une pluie de météores qui sont les débris du nuage perséide. Le Makhtesh Ramon a été reconnu officiellement comme le premier parc étoilé du Moyen-Orient.

(Pluie de météores. Photo Alex Savenok)

Levez vous à l’aube pour admirer les nuages glisser le long des falaises

Le désert du Néguev a toujours été habité: la tribu de Simon s’y était installée et le roi David y avait fait construire un certain nombre de places-fortes pour protéger le pays des attaques égyptiennes. Son fils, le roi Salomon continuera son œuvre et établira toute une chaine de forteresses le long des routes.
A la chute du royaume de Yehouda, les Nabatéens tribus nomades et commerçantes, établissent leur capitale à Petra en Jordanie. Ils utiliseront et entretiendront ces forteresse pour protéger leurs caravanes chargées d’épices, caravanes qui parcouraient tout le Moyen-Orient.
C’est ainsi que dans le Makhtesh Ramon, tout près de la source Saharonim, se trouvent les restes d’une forteresse nabatéenne, le Khan Saharonim.  Au cours des fouilles menées par l’archéologue Rudolf Cohen en 1982, furent découvertes des pièces nabatéennes du premier siècle de l’ère chrétienne et des pièces de monnaie romaines à l’effigie des empereurs Antonin le Pieu, Commode et Caracalla et qui datent donc des deuxième et troisième siècles de l’ère chrétienne.


Le mot Ramon vient de l’arabe raman qui signifie romain. Et pourtant, ce fut bien avant la présence romaine que les Nabatéens, qui avaient occupé la région, ont construit routes et forteresses, comme le Khan Saharonim.
Dans un des mes articles, La peste et les pépins de raisin* je mentionnais les effets d’une grande épidémie de peste qui fit disparaitre la population du Néguev au 5 ème siècle de l’ére chrétienne. En voici à nouveau un extrait:

« Les universités de Tel Aviv, Bar Ilan et Haïfa et l’Autorité des Antiquités Israéliennes ont publié une large étude sur les effets de la peste qui frappa l’empire byzantin au milieu du 6ème siècle de l’ère chrétienne et qui fit des ravages suffisants pour affecter l’économie d’Eretz Israel jusqu’à la période moderne.
Ils se sont intéressés en particulier à un certain nombre de sites archéologiques du Néguev qui fut une région prospère dans l’Antiquité et complètement désertée par la suite. Les villes de ‘Halutza, Avdat, Rehovt Haneguev, Mamshit, Nitzana ont toutes disparu il y a environ 1500 ans sans qu’on y ait découvert des traces de combats ou d’incendie.
Pour comprendre ce qui avait bien pu se passer, les archéologues se sont donc penchés sur les poubelles de ces sites.  Tout d’abord leurs fouilles et analyses ont montré que la région n’était pas du tout désertique à cette époque. Une importante population y vivait de la culture de la vigne. L’analyse des  tessons de poterie, d’os d’animaux, de graines révèlent ce que fut l’activité humaine selon la datation de ceux-ci. Ce qu’on appelle l’archéo-botanique nous fait entrer dans le garde-manger (par les poubelles!) de personnes dont nous ne savons pas grand chose. Ce n’est pas une entreprise facile. Il faut tamiser de grandes quantités de sédiments pour en extraire les précieuses graines. Le professeur Ehud Weiss explique que, ce faisant, il pensait sans cesse à ce verset:
וְשַׂמְתִּי אֶת-זַרְעֲךָ, כַּעֲפַר הָאָרֶץ: אֲשֶׁר אִם-יוּכַל אִישׁ, לִמְנוֹת אֶת-עֲפַר הָאָרֶץ–גַּם-זַרְעֲךָ, יִמָּנֶה
Je transformerai ta descendance comme la poussière de la terre, si quelqu’un peut la compter alors ta descendance sera prise en compte. (Genèse- Bereshit 13,6)
Dans le cas présent, il s’agit de près de 10 000 graines de vigne, de blé et d’orge qui furent extraites de 11 tas d’ordures à ‘Halutza, Shivta et Nitzana et analysées dans le laboratoire de l’université de Bar Ilan.
La qualité de notre travail dans notre laboratoire de l’université Bar Ilan, unique en Israel, repose sur l’analyse précise de la collecte nationale des semences trouvées sur les sites de fouilles archéologiques d’Israel, a déclaré le professeur Weiss.
Ce qui a particulièrement intéressé les chercheurs, ce fut le nombre impressionnant de pépins de raisins récoltés. Ceci confirmait  les nombreuses mosaïques représentants vignerons et jarres de vin, ainsi que les nombreux ostraca de jarres.

(Photo, Université Bar Ilan: mosaïque byzantine)

On savait déjà, grâce aux fouilles que les paysans du Neguev savaient capter l’eau de ruissellement et irriguer intelligemment leurs champs. On sait maintenant qu’ils étaient passés d’une agriculture purement vivrière à une agriculture intensive, spécialisée dans le vin qu’ils exportaient jusqu’en Grande-Bretagne et au Yemen. Des textes byzantins  les mentionnent sous le nom de Vin de Gaza, du nom du port d’expédition le plus proche sur la Méditerranée et en font l’éloge.
Vu le nombre de tessons de jarre, on peut aussi en déduire que la deuxième industrie de la région était celle de la poterie …
Mais les biologistes  ont découvert aussi autre chose dans les sédiments analysés: des restes du bacille Yersina Pestis, bacille de cette peste nommée peste de Justinien et qui sévit pendant une quarantaine d’année dans la région. Cette épidémie de peste sera suffisamment importante pour anéantir économiquement toute la région et la dépeupler.

Les villes de Nitsana,

(Themarker Cafe)

Avdat,

(Wikipedia)

Mamshit,

(Wikimedia Commons)

et Rehovot Haneguev dont il ne reste presque rien, disparaitront ainsi que celle de Soussia, au confins du désert, au sud des monts de ‘Hevron*. »

(Soussia, blog Sabresim)


Lorsqu’enfin, l’épidémie s’arrêtera, le Néguev sera devenu désertique et les nouveaux conquérants, les nomades arabes ne s’y fixeront pas.
L’agriculture de la région ne s’en relèvera pas jusqu’à nos jours. Elle y est à nouveau présente, comme ces vignes dans la région du Makhtesh Ramon.

(Les vignes appartiennent aux Caves Nana, blog Trip Advisor)

A bientôt,

*Sde Boker:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sde_Boker*

*La peste et les pépins de raisins:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2021/01/10/la-peste-et-les-pepins-de-raisins/

*Soussia:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2017/12/22/le-chemin-des-patriarches-2/

*Les cratères: il n’y a que 5 cratères de ce genre dans le monde, deux se trouvent dans le Sinaï. En Israel, outre le Makhtesh Ramon, on en trouve deux autres: le Grand Cratère (plus petit pourtant que le Makhtesh Ramon) situé près de la ville de Yeruham et le Petit Cratère entre Beer Sheva et Dimona.

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