Djenin ou Ein Ganim?

La ville de Djenin se trouve au nord de la Samarie.

Djenin, vous en avez certainement entendu parler ne serait-ce qu’à cause du pseudo-documentaire financé par l’OLP et réalisé par Mohamed Bakri. Mais saviez-vous que la ville de Djenin a un passé juif?*

A l’époque du Tanakh Djenin s’appelait עין גנים (Ein Ganim), la source des jardins. La ville faisait partie des villes attribuées à la tribu d’Issakhar tout en ayant un statut particulier car elle avait été désignée pour être une des quarante-huit villes de Lévites.
Les chefs de familles des Lévites se présentèrent devant le pontife Eléazar, Josué, fils de Noun, et les chefs de familles des tribus d’Israël, à Shilo, dans le pays de Canaan, et leur parlèrent ainsi: « L’Eternel a ordonné, par l’organe de Moïse, qu’on nous donnât des villes pour y habiter, ainsi que leurs alentours pour notre bétail. »  Et les enfants d’Israël, se conformant à l’ordre du Seigneur, donnèrent aux Lévites, sur leurs parts de possession, les villes suivantes avec leurs alentours (Yoshua-Josue 21).
Durant la période du Second Temple, la ville est nommée Ganim, les jardins, mais aussi parfois Ginat, mot de la même racine. Elle a une population juive suffisamment nombreuse pour qu’une des portes de la ville de Jerusalem, d’où partait la route pour la Samarie, s’appelle la porte Ginat*. Et au premier siècle de l’ère chrétienne, Flavius Joseph la mentionne dans ses descriptions: Vous pouvez trouver à Jerusalem la porte Ginat qui est restée à ce jour.

Au XVIe siècle, alors que Tsfat (Safed) était considérée alors comme la ville la plus importante du pays*, le rabbin Moshe Mitrani, appelé le Mabit, parle dans son livre des villes vers lesquelles les Juifs peuvent fuir en cas de danger. La ville de Djenin (nom arabisé de Ganim) abrite alors une communauté juive suffisamment importante pour les héberger et les protéger. Le fils de ce même rabbin Mitrani s’y réfugiera à cause d’une épidémie de peste qui s’était déclarée à Tsfat.
On ne parle plus ensuite beaucoup des Juifs de Djenin mais voilà qu’en 1881, un américain nommé James Kane écrit dans son journal que les Juifs de Djenin sont surtout des tailleurs et des cordonniers, et à la même époque un rabbin de Jerusalem la mentionne comme une étape essentielle dans son voyage vers Meron pour la fête de Lag Baomer. Ces cordonniers et tailleurs sont d’ailleurs rejoints par une dizaine de familles juives venant d’Allemagne dans le cadre d’une tentative de la Société pour Sion qui voulait établir des familles juives dans les villes arabes. Malheureusement, encore une fois, une épidémie décimera la ville et la communauté juive se repliera sur Tsfat. Il faut dire qu’en plus des épidémies et d’un tremblement de terre important qui dévasta le nord du pays, la ville de Djenin avait été incendiée et pillée par l’armée de Napoléon en représailles à l’aide apportée par les musulmans de la ville aux Turcs. Il n’en restait plus qu’un bourg perdu dans la montagne.

Cependant, le recensement britannique de 1922 y compte 2 630 habitants : 2307 musulmans, 108 Chrétiens et 7 Juifs ainsi que curieusement 212 Hindous et 3 Sikhs.

(Djenin au début du 20 ème siècle)


Mais, dès 1936, les habitants de la ville sont très perméables aux idées du Grand Mufti de Jerusalem. Djenine se rebelle contre les Britanniques, multipliant les actes d’intimidation, de sabotage et d’assassinats comme celui du commissaire-adjoint anglais du district, le 25 août 1938. Après avoir ordonné à la population de partir, un quart de la ville est dynamité par l’armée britannique en représailles collectives à cet assassinat. Les troupes britanniques feront même construire une route de contournement pour éviter aux Anglais d’entrer dans la ville.

En 1936, la violence terroriste est donc déjà bien présente dans la ville mais il en est de même dans toutes les villes arabes de la Palestine mandataire.
A l’heure actuelle, Djenin est une ville particulièrement prospère: située à une quinzaine de kilomètres de la ville d’Afula et tout près de la ligne verte*, elle est la destination favorite des Arabes israéliens de Galilée qui y font leurs courses et permettent ainsi à tous les producteurs arabes de Judée-Samarie d’écouler leurs produits.
Et pourtant cette ville est depuis des années un réservoir de terroristes qui ont commis nombre d’attentats en Israel. Le plus terrible de tous, et dont tout le monde se souvient ici, fut l’attentat du Park Hotel, la nuit du Seder 2002, au cours duquel 30 Israéliens ont été tués et 160 blessés.

Mais ce n’est pas le seul loin de là et récemment les attentats de Bnei Brak et de Tel Aviv* ont été commis par des  terroristes venus de Djenin.
Comment expliquer ce phénomène ? Pourquoi Djenin, la ville riche et bien établie, est-elle en tête du nombre de terroristes par habitant? Est-ce une coïncidence? Pour l’islamologue Mordekhai Kedar, la principale réponse à cette question est la composition et les caractéristiques de sa population:
Remontons dans le temps jusqu’à la guerre d’indépendance. En 1948, la Jordanie annexe la Judée et la Samarie. Des camps de refugiés sont installés en périphérie de chaque ville de la région car la Jordanie ne veut surtout pas intégrer de réfugiés à sa population. Depuis, ces refugiés sont les ouvriers de propriétaires terriens ou d’industriels qui eux habitent en ville et dirigent les grands clans, les fameuses ‘hamoulot*. Ils ont transmis un message clair aux refugiés: travaillez, mais restez dans votre camp. En fait bien qu’ils ne soient pas acceptés comme membres d’un des clans, il leur est strictement interdit de nuire au clan, à sa réputation, à sa stabilité, à son économie et à son bien-être. La discipline des cheikhs ainsi que le devoir du clan de fonctionner selon ses propres préceptes sont des éléments importants de cette culture tribale. Dans cette région, le clan, la ‘hamoula*, est tout et décide de tout y compris des attentats. L’économie de la région a beaucoup profité du marche israélien ces 50 dernières années et a donc enrichi la population, en particuliers les chefs des ‘hamoulot.
Ils sont donc plus prudents dans leurs actions contre Israel, d’autant que les Arabes de Judée et de Samarie ont appris que chaque attentat entraîne bouclage, couvre-feu et autres mesures qui gèlent le commerce et l’industrie. Ainsi, plus les clans sont grands et économiquement puissants, plus ils sont sévères envers les apprentis terroristes et souvent, ils les empêchent de nuire à Israel pour protéger leurs propres intérêts.

Mais à Djenin la situation est différente : la ville de Djenin n’était plus qu’un tout petit bourg en 1948. Le camp de refugiés construit en périphérie est devenu maintenant le centre ville et la nouvelle ville a été construite tout autour. De plus, les réfugiés installés à Djenin sont essentiellement les descendants de femmes et d’enfants venus de Galilée et du Mont Carmel en tant que familles nucléaires car leurs chefs s’étant dispersés au Liban en Syrie, leurs clans se sont effondrés.
Du fait de cette absence de clans d’origine, chacun à Djenin fait plus ou moins ce qu’il veut. L’autorité du collectif tribal n’existe plus. De fait l’élément modérateur qu’est l’intérêt commun (essentiellement économique) du clan ne pèse pas dans le comportement individuel social.
Mais il y n’y a pas que l’économie qui compte. Le clan crée aussi un espace social dans lequel le groupe peut individuellement s’intégrer, chacun à son niveau. Ce manque de cohésion sociale a donc poussé les palestiniens, notamment les jeunes, à s’enrôler dans des organisations telles que le Hamas, le Jihad islamique, le Fatah ou autres. Pour les gens de Djenin, les organisations terroristes sont donc devenues au fil des années les substituts des clans, car ce sont elles, qui par leur autorité, donnent à l’individu l’identité, le soutien et la vocation. C’est pourquoi Djenin est depuis toujours la principale source de menaces terroristes contre Israël.

Comme l’explique le professeur Kedar, les clans sont une caractéristique importante de la société arabe en Judée-Samarie et ont la capacité de faire partie des moyens dont dispose Israël pour accroître la sécurité dans la région. Pour lui, la création d’émirats dans les villes arabes de Judée-Samarie sur la base de clans est la seule option politique.
Mais quid de Djenin? Ses habitants accepteraient-ils de retrouver une société tribale classique? Ne l’ont-ils déjà pas malheureusement reconstruite à leur manière en s’affiliant aux organisations terroristes?

A bientot

* La porte Ginat: il s’agit d’une porte de la premiere enceinte de la ville de Jerusalem, reconstruite à la période hasmonéenne mais qui en fait date du premier Temple. Elle est donc bien antérieure aux portes actuelles dont j’ai déjà parlé.
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/05/23/dans-tes-murs-dans-tes-portes-jerusalem/

* Le passe juif de Djenin n’est qu’un exemple du passé juif de toutes les villes arabes d’Israel (sauf Ramle).
D’autres exemples de villes arabes aux noms tirés de la Bible hébraïque : Silwan est Shiloa’h, Selum est Shilo (l’une des premières capitales de l’ancien Israël), Tequa est Tekoa (la ville natale du prophète Amos), Anata est Anatot (la ville natale du prophète Jérémie), Batir est Beitar, Beitin est Beit El ( nommée par Jacob lui-même), Jaba est Geva, Mukhmas est Michmash (la forteresse du roi Saül), et El-Jib est Giv ‘(la colline où le soleil s’est arrêté, comme le raconte le livre de Yoshua-Josué).
De plus, un examen plus approfondi révèle une ironie supplémentaire: la plupart des pays arabes limitrophes d’Israël tirent leurs noms de la Bible hébraïque. Le Liban: Levanon, signifie blanc en hébreu, en référence à l’enneigement des montagnes environnantes. La Syrie: Siryon, dans la Bible, est le nom alternatif du mont Hermon. La rivière Jourdain et la Jordanie (Yarden en hébreu) ​​tirent leur nom de la tribu de Dan et signifie « descend de Dan ». Gaza, Azza en hébreu, est mentionnée dans la Genèse et le Livre des Juges avec le récit de Samson. J’ai d’ailleurs déjà écrit un article sur les Juifs de Gaza:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/08/29/les-juifs-de-gaza/

* Au XVI ème siècle Tsfat fut la ville juive la plus importante du pays:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/11/21/les-generations-oubliees-6/

*La ligne verte: la ligne de démarcation ente Israel et la Jordanie datant des accords d’armistice de Rhodes en 1949

* Le système des clans et le projet du professeur Kedar dit Le projet de 8 émirats:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2018/02/16/une-nation-palestinienne/

* Attentat de Tel-Aviv: Le terroriste qui a perpétré l’attaque meurtrière à Tel-Aviv est Raed Khazem de Djenin, un informaticien de 28 ans. Son père et son oncle sont d’anciens haut responsables des forces de sécurité palestiniennes. L’un émarge au Fata’h et l’autre au ‘Hamas





2 réflexions sur “Djenin ou Ein Ganim?

  1. J’ai bien connu une des victimes du Park hôtel : Il s’agit de Marianne Lehmann-Zaoui (colonne de droite). Elle était professeur d’anglais dans mon lycée. Quand elle est morte, elle était déjà à la retraite. Evidemment j’ai été bouleversée en apprenant la nouvelle. J’ai cru comprendre par la suite qu’en tombant à la renverse sur son petit-fils, elle l’a sauvé. Si elle avait pu le savoir cela l’aurait réconfortée car de son vivant elle avait besoin d’être réconfortée : elle était toujours angoissée (elle était originaire d’Allemagne et avait connu des moments difficiles pendant la guerre) et annonçait sans cesse le pire. Malheureusement elle n’avait pas tort. Je pense souvent à elle, à la sympathie que nous éprouvions l’une pour l’autre et à sa façon de parler ferme et directe qui me plaisait bien.
    Henriette

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