מד’א ou Maguen David Adom

Vous en avez certainement déjà entendu parler. Le מד’א, Maguen David Adom, ou le bouclier rouge du roi David est le service de secours aux malades et aux blessés qui accompagne l’état d’Israel depuis sa création et même bien avant. Ici, au quotidien, nous l’appelons simplement MADA.
Notre MADA a déjà une assez longue histoire:
Tout commence à Lucerne, au début de la première guerre mondiale, lorsqu’un médecin juif, le Dr Erlanger, s’inspire de la Croix Rouge pour créer une association d’aide aux blessés de guerre et prisonniers juifs. Puis il met en place une organisation de sauvetage en Palestine ottomane. Mais c’est en 1918 à Philadelphie, que David Ben Gourion, réfugié aux USA*, Golda Meir et Henrietta Szold* se focalisent sur une aide médicale aux civils juifs de Palestine mais aussi aux fameux Muletiers de Sion*, qui se battent pour libérer Eretz Israel de la domination turque.


(Couverture d’un journal juif américain en 1918)

La création de MADA attendra cependant les massacres de 1929 perpétrés par les Arabes contre les Juifs qui se sont retrouvés isolés sans recevoir le minimum d’aide de la part des Britanniques, lesquels gouvernent alors la Palestine. A l’époque, les membres du Maguen David Adom ne sont pas que soignants, ils sont aussi combattants.
Le développement de la population et le besoin croissant de services d’urgence entraînent une croissance parallèle de MADA au cours des années 1930. Des stations de  secours et premiers soins voient peu à peu  le jour dans tout le pays.
En 1931, la première ambulance est mise en service à Tel Aviv. Il s’agit d’une camionnette de livraison qui a été bricolée par un jeune volontaire, Matityahou Aloni. Très fier, il était allé la présenter en grande pompe au maire de Tel Aviv, Meir Dizengoff!

(Matityahou Aloni au centre avec deux amis devant son ambulance)

Cette ambulance n’est pas très fiable. Son châssis trop haut et trop étroit l’empêche même de rouler vite par crainte de verser dans les tournants. L’intérieur est plus que minimaliste.

Mais elle a au moins le mérite d’exister et Matityahou Aloni restera toute sa vie ambulancier bénévole!

Leur travail des secouristes deviendra de plus en plus indispensable lors de de la grande révolte arabe de 1936 et des pogroms qui en suivirent.
Pendant la seconde guerre mondiale, MADA agit dans le cadre général de l’Organisation de Défense Civile d’Israel. Des photographies de cette période montrent des volontaires en uniforme officiel. MADA devient le service médical de la Haganah.
Avec la création de l’Etat d’Israel, l’organisation sera à l’origine des services de santé de Tsahal.

En juillet 1950, l’état d’Israel a déjà deux ans.
La Knesset  promulgue la loi Magen David Adom, qui stipule que MADA sera l’équivalent israélien des sociétés nationales de la Croix Rouge et agira conformément aux conventions de Genève. Plus précisément, l’organisation se voit confier la responsabilité de:
1) Fournir des services auxiliaires au corps médical de l’armée israélienne en temps de guerre, y compris la fourniture des soins médicaux d’urgence aux blessés et aux réfugiés de guerre.
2) Fournir des services médicaux d’urgence et un abri temporaire aux civils.
3) Gérer  une banque de sang à usage civil. Par la suite, MADA a joué un rôle majeur en fournissant des services vitaux pendant chacune des guerres et attaques terroristes en Israel, ainsi qu’en temps de paix.

Pour l’anecdote:
Depuis sa création et jusqu’en 2006, le Maguen David Adom s’est vu refuser l’adhésion au Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge car il avait refusé de remplacer son emblème rouge du bouclier de David par un symbole pré-approuvé. Ce qui était évidemment un minable argument  étant donné que le Croissant Rouge et le Lion Rouge avaient été acceptés. Dans sa lettre de mars 2000 adressée à l’International Herald Tribune et au New York Times, la Dr Bernadine Healy, alors présidente de la Croix-Rouge américaine, écrivait: «La prolifération redoutée des symboles par le comité international est une pitoyable feuille de vigne, utilisée pendant des décennies comme raison d’exclure le Maguen David Adom – le Bouclier (ou l’étoile) de David. Quand en mai 2000 et en signe de protestation, la Croix-Rouge américaine a retenu des millions de dollars de financement administratif à la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), les choses ont commencé à changer. Finalement en 2006, le logo israélien a été approuvé par le Mouvement international de la Croix Rouge a condition d’entourer le bouclier du roi David de ce carré rouge pour les opérations internationales et de l’appeler officiellement Red Crystal with Star. Le roi David leur ferait-il peur?


A l’intérieur d’Israel, nous avons le logo originel:

Revenons à notre MADA:
En 1977, le Dr Nancy Karolin* qui vient de faire son alyia depuis les USA, devient le nouveau directeur médical de MADA.

(Nancy Karolin 1944-2002)

Le Dr Karolin est déjà connue aux U.S.A. Elle a créé un service médical d’urgence réputé à Pittsburg, le Freedom House, pour lequel elle a recruté  50 chômeurs noirs, considérés comme inaptes par les services sociaux, et les a formés pour devenir des ambulanciers paramédicaux. Vu le succès de cette entreprise, le gouvernement américain l’a chargée de construire le programme national des ambulanciers paramédicaux.
En Israel, elle crée un nouveau programme entièrement dédié aux réponses médicales immédiates d’urgence en cas d’attaques terroristes. En 1979, le gouvernement israélien lui confie la formation des ambulanciers secouristes, ce qui lui vaudra le surnom de mère des ambulanciers secouristes.
Elle restera médecin conseil de MADA jusqu’à sa mort prématurée après avoir fondé le service de soins palliatifs pour les malades du cancer en Haute Galilée. Elle mourra à Metula en 2002.

(La petite ville de Metula en Galilée)

MADA est aussi responsable de la banque israélienne du sang. Le Marcus Blood Center Services de l’hôpital de Tel Hashomer est en fin de construction en ce moment. Il s’agit d’un bâtiment presqu’entièrement souterrain avec un système de sécurité et de ventilation complexe résistant aux missiles et même aux attaques chimiques.

Mais ce qui est très spécial chez MADA ce sont les gens qui y travaillent tous les jours. Certains y sont salariés, beaucoup sont bénévoles:

En ces temps de corona, MADA est aussi chargé de faire passer les tests de dépistage et se joint également à la campagne de vaccination.
Ici dans le sud du pays, des volontaires vont à la rencontre des promeneurs venus admirer le Sud en rouge* pour les vacciner:

Mais le dévouement ne suffit pas toujours, Aussi les dernières technologies sont utilisées comme cette application installée sur les téléphones portables.

Environ 11 000, soit près de 60% des volontaires de MADA, sont des adolescents de 15 à 18 ans formés aux premiers secours.
En effet, de nombreux lycéens israéliens choisissent de faire du bénévolat dans le cadre de MADA pour effectuer leurs 60 heures de service communautaire mandaté par le ministère de l’Éducation*. Ces jeunes volontaires servent d’assistants médicaux, de standardistes dans les centres de répartition et dans les postes de premiers secours.
Certains jeunes volontaires servent aussi en tant qu’instructeurs de secourisme dans les différentes annexes du pays.
Après leur service militaire, un nombre considérable de jeunes volontaires de MADA retournent au MADA en tant que bénévoles comme ambulanciers, secouristes, médecins urgentistes…
De cette manière, les rangs des jeunes de MADA servent de réserve continue et inépuisable pour l’organisation nationale de secours d’Israël . Nombre de familles ont transmis la tradition du bénévolat au Maguen David Adom des parents aux enfants. On trouve parfois deux générations de la même famille, bénévoles au même poste de secours.

Et pourtant la formation est contraignante pour des adolescents de 15 à 18 ans. Ils doivent tout d’abord réussir interviews et examens pour être acceptés au cours d’été de 60 heures. Ils sont envoyés ensuite in situ et sont confrontés parfois à des situations difficiles. Pendant leurs deux années de bénévolat, ils continuent à s’entrainer. Les cours ont lieu généralement le soir ou pendant les vacances scolaires. Certains répondront au centre d’appel d’urgence, en utilisant leurs compétences linguistiques car les réponses doivent être le plus possible données dans la langue qu’utilise le mieux la personne en détresse. Certains jeunes seront donc désignés pour répondre en anglais, d’autres en russe, espagnol, arabe ,amharique etc…

Leur association s’appelle עושים חיים (Ossim ‘hayim), On fait la vie. Pour eux, faire la vie, c’est donner de leur temps en plus de leurs gardes à Mada: en ces temps de corona, ils préparent aussi des colis pour les gens nécessiteux et isolés, visitent les malades dans les hôpitaux…

De 15 a 23 heures on trouve dans chaque ambulance, un  secouriste chef d’équipe expérimenté accompagné de secouristes lycéens formés et compétents. Dans la vidéo ci-dessous, deux adolescents, Aviad et Aviezer racontent comment après avoir installé une femme enceinte dans l’ambulance et avoir fait les examens habituels: pouls, pression sanguine, respiration, ils réalisent que l’accouchement est imminent. Ils préviennent alors le secouriste ambulancier qui se gare sur le bas coté de la route. Ils l’aideront sans perdre leur sang froid et recueilleront les deux nouveaux nés. On entend le père raconter à quel point ils ont été d’une grande aide à chaque moment de l’accouchement.
Comme les deux garçons l’expliquent eux-mêmes:
Aviezer: amener ces deux petites âmes dans ce monde, voir qu’ils vont bien, que leur mère va bien, c’est extraordinaire.
Aviad: Au quotidien, nous voyons en général, le contraire malheureusement, nous montons parfois à cinq dans l’ambulance et nous arrivons quatre à l’hôpital, Ici, nous sommes partis à cinq et…nous étions 7 à l’arrivée, whaou!… c’était merveilleux
Aviezer: Tout d’abord c’est chouette d’être ici, ensuite le volontariat te fait tellement de bien à l’âme
Aviad: le volontariat à MADA c’est sauver des vies à 100%. C’est peut-être le volontariat le plus important qu’un jeune peut prendre sur lui et en fait, c’est nous prouver et prouver à tout le peuple d’Israel que sa jeunesse est une jeunesse de qualité qui agit et qui donne.

J’ai interviewé une des jeunes volontaires, Yael. Elle a 16 ans, habite Jerusalem.

-Pourquoi avoir choisi MADA pour mon volontariat?
Parce que c’est l’occasion de relever un défi: se confronter aux situations d’urgence et y répondre au mieux. Il correspond aussi à deux de mes ambitions personnelles: aider les gens et tisser réellement des liens positifs. Il ne s’agit pas d’apporter des fleurs ou des chocolats et de les quitter avec de bonnes paroles mais d’arriver à me consacrer à 100 pour 100 à un blessé ou à un malade en sachant que de mon action dépend son bien-être et en partie sa survie. De plus, c’est pour mon développement personnel et émotionnel une véritable réussite.
Apres une année comme simple volontaire, j’ai suivi des cours pour être formatrice d’autres jeunes lycéens à qui j’enseigne (par zoom actuellement) ce qu’on m’a appris tout en continuant mes gardes dans les ambulances.
Et l’école dans tout ca?
Pour moi c’est une année vraiment très intense: je dois étudier pour les examens du bac*, j’enseigne aux autres volontaires et je suis de garde trois soirs par semaine… Eh bien,  j’ai appris à ne pas gaspiller mon temps et aussi à un peu moins dormir. Mais ca vaut le coup!
J’ai vu la vidéo avec Eliezer et Aviad. Les accouchements tout le monde en rêve! Mais malheureusement nous en voyons moins que des malades ou des blessés. Et parfois, comme  le dit Aviad, les choses se terminent tristement. Ces soirs là nous avons un debriefing avec nos tuteurs.
Un exemple concret d’une garde?
Un jour, nous avons été appelés pour un accident dans le quartier de Bet Zafafa* (un quartier arabe de Jerusalem). Le blessé était un garçon de 14 ans qui était rentré dans un mur avec la voiture de son oncle qu’il avait prise sans autorisation (!). Par chance, il n’avait qu’une jambe cassée mais la fracture était vilaine et nous ne pouvions évidemment pas la réduire dans l’ambulance. Il souffrait beaucoup. J’ai vu qu’il avait une playlist et je lui ai demandé s’il aimerait l’écouter. Nous avons fredonné des chansons en arabe jusqu’à l’hôpital. J’ai même réussi à le faire sourire. J’ai bien aimé ce moment où j’ai pu atténuer un peu ses souffrances.

Cette année un nouveau secouriste s’est enrôlé à MADA: Dvir Shenrav à droite sur la photo en compagnie de son tuteur Yuval Eran, le secouriste qui lui a sauvé la vie lors d’un attentat au cours duquel Rina la sœur de Dvir fut tuée*.


(Yuval Eran, Dvir Shenrav)

Et pour finir sur une note joyeuse:

Mazal Tov à Wala Tamimi et Ahmed Karot qui se sont rencontrés à MADA

A bientôt

* Les Muletiers de Sion, et pourquoi David Ben Gourion dut se réfugier aux U.S.A:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/tag/muletiers-de-sion

* Henrietta Szold:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/08/27/henrietta-et-hadassah/

* Les massacres de 1929:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2015/10/22/le-mufti/

* La brigade juive:
https://en.wikipedia.org/wiki/Jewish_Brigade

* Le Dr Nancy Karolin était mariée au Dr Lazarus Astrachan biologiste et généticien. Le Dr Astrachan avait conduit une expérience en 1957 (l’expérience Volkin-Astrachan) conduisant à la découverte de l’ARN messager, un acteur essentiel dans le fonctionnement des cellules vivantes. Cette expérience a montré qu’il y avait deux types d’ARN, un type à vie longue trouvé dans les ribosomes et un type transitoire dont le rôle n’était pas clair. Ils ont également montré que le type transitoire était produit lorsqu’un virus envahissait une bactérie et qu’il ressemblait à l’ADN du virus, pas à celui de la bactérie. ( J’espère ne pas m’être trompée dans mon explication. Si un lecteur médecin pense que celle-ci n’est pas exacte, j’aimerais bien qu’il la corrige. Je ne connais rien ni à la biologie et ni à la génétique!)
Les vaccins actuels contre le corona, Pfizer et Moderna utilisent la technologie dite de l’ARN messager.

* Pour passer le bac, il faut présenter au Ministère de l’Education un certificat indiquant qu’on a effectué au moins 60 heures de volontariat civil.

* Les épreuves du bac se passent à la fin des classes onze et la classe douze (équivalent des classes de première et de terminale)

* Dvir et Rina Shenrav:

Terreur à Dolev: Rina, 17 ans, est décédée

* Le Sud en rouge:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/02/28/le-sud-en-rouge/

 

2 réflexions sur “מד’א ou Maguen David Adom

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