Tsvika Levy, le père des soldats isolés (1948-2018)

On a beaucoup parlé ces derniers temps d’Amos Oz, mort il y a quelques semaines.
Si Amos Oz vous intéresse, et si vous voulez sortir des hommages fidèles à la pensée unique, je vous invite à lire les excellents textes de Pierre Lurçat* sur Amos Oz. Celui-ci qui fut certainement un des grands écrivains israéliens mais il appartenait aussi à cette gauche déconnectée de la réalité qui veut faire la paix des cimetières avec des assassins qui, eux, ne cachent pas leur intention de nous exterminer.

En ce qui me concerne, je préfère m’attarder pour rendre hommage à  Tzvika Levy, décédé la même semaine, à l’âge de 70 ans de la maladie de Charcot, l’ALS.
Pendant, plus de 30 ans, le colonel Tzvika Levy, du kibboutz Yifat, a dédié sa vie aux soldats isolés par un engagement sans relâche.
Les soldats isolés sont des soldats qui n’ont pas de famille en Israel, soit parce qu’ils sont les seuls à avoir fait leur alyia, soit parce qu’ils sont orphelins ou issus de milieux particulièrement défavorisés ou rejetés comme ces jeunes arabes que leur engagement a coupé complètement de leur famille.

Dans une de ses interview, Tsvika Levy a raconté comment tout a commencé pour lui:
Jeune officier parachutiste, il perd soudain une de ses filles, Ofri. Pour l’aider à surmonter cette tragédie, Rafael Eytan* lui parle d’un projet qui lui tient à cœur et lui demande son aide:
Rafoul (Raphael Eytan) est venu me voir et m’a dit: Ecoute Tsvika, tu habites à côté de Midgal Haemek. Là bas, il y a un bon nombre de jeunes qui partent à la dérive. Aide moi à mettre sur pied un programme pour les aider à faire leur service militaire… Et c’est ce que j’ai fait… Tous les jours,
après avoir travaillé dans les champs toute la matinée, je partais à Migdal Haemek pour motiver des jeunes qui traînaient, désœuvrés et sans but.
Tsvika y réussit si bien que l’armée lui  demande de devenir le responsable de ce projet, devenu officiel.
Au fil des années, il aide ainsi des milliers de jeunes à intégrer l’armée et leur trouve des familles adoptives pour les entourer pendant leurs permissions.
(Quelques uns des 70 soldats isolés, choisis pour présenter leurs vœux au pays lors du dernier Yom Haastmaout:
De gauche à droite et de haut en bas, ils sont originaires de Chine, du Honduras, d’Israel, du Kenya, du Japon, de Colombie, d’Azerbaïdjan et d’Uruguay)

Pendant toutes ces années, il s’occupera de milliers de soldats et s’en souciera à tel point qu’il sera connu comme le père des soldats isolés, et que beaucoup d’entre eux l’appelleront même abba.

Il devra malheureusement  aussi aller à de nombreux enterrements et assister leurs familles endeuillées.

En 2017, lors de Yom Haatsmaout, Tsivka Levy a reçu le prix d’Israel en récompense de ses services rendus.


Lors de la cérémonie il a déclaré:
 » Avant que nous chantions l’Hatikva, je voudrais rappeler ceci: le 14 février 2001, il y a 16 ans, Julie Weiner,  soldate isolée venue de France, et adoptée par une famille du kibboutz Zikkim, était sur le point de commencer le cours d’officier.


Elle m’a téléphoné ce jour là de la station de bus au carrefour Azur et m’a dit: Tsvika lors de l’examen on va aussi vérifier que je connais par cœur les paroles de l’Hatikva.. Tu veux la chanter avec moi?
Je lui ai dit: avec joie.
J’ai chanté une strophe et elle une strophe et ceci, jusqu’à ce qu’elle la chante toute seule. Quand elle est arrivée à la phrase « être un peuple libre sur notre terre » , sa voix s’est tue. Je ne l’ai plus entendue. J’ai essayé en vain de la rappeler…
Soudain, j’entends une annonce sur Galei Tsahal (
la radio de l’armée): un attentat a eu lieu à la station de bus à Azur, 8 morts*. J’ai enfilé mon uniforme et j’ai volé jusque là. J’ai identifié Julie parmi les 8… Les derniers mots de Julie, nouvelle immigrante venue de France, ont été ceux de l’Hatikva « être un peuple libre sur notre terre ». Depuis, quand on chante l’Hatikva, à chaque Yom Haatsmaout ou à Yom Hazikaron, son souvenir se rappelle à moi dans mon sang et dans mon âme ».

Une semaine avant de mourir, Tsvika Levy a réussi à terminer le livre pour enfants « Les histoires de grand-père Tsvika », qu’il a écrit avec l’aide des muscles oculaires, seuls encore actifs dans son corps paralysé. Son livre devrait être mis en vente le 13 janvier, jour de son anniversaire et tous ses revenus seront transférés à l’aide aux familles de patients atteints de ALS.

J’écris ces lignes et Tsvika Levy me fait penser à un autre héros, Sim’ha Holzberg, mort en 1994, lui aussi récipiendaire du Prix Israel, et surnommé le père des blessés. Né à Varsovie en 1924, et ayant survécu au ghetto et à l’extermination, il disait que son nom Sim’ha (la joie) l’obligeait à dispenser le plus de joie possible autour de lui. C’est pour cela qu’il consacrait sa vie aux blessés de Tsahal.
(Simha Holzberg au mariage d’un soldat blessé)

L’acteur Tuvia Sapir lui a consacré un petit film destiné aux enfants:

Que le souvenir de ces deux héros soit une bénédiction pour le peuple d’Israel.

A bientôt,

 

* Pierre Lurçat:
http://vudejerusalem.over-blog.com/2018/12/quand-amos-oz-s-appelait-encore-amos-klausner-une-histoire-de-des-amour-et-de-tenebres-pierre-lurcat.html
La trahison des clercs d’Israel
http://www.tribunejuive.info/livres/pierre-lurcat-loccident-nest-plus-capable-de-regarder-israel-dune-maniere-objective

* Raphael Eytan:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Rafael_Eitan_(militaire)

* Attentat à la station d’autobus au carrefour d’Azur:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Attentat_d%27Azor_en_2001

 

 

 

2 réflexions sur “Tsvika Levy, le père des soldats isolés (1948-2018)

  1. De la part d’Olivier dont le commentaire ne passe pas:
    Merci pour cet article. La question des « Lonesome soldiers » est l’un des nombreux aspects peu connus de Tsahal armée atypique, « armée du peuple » au sens le plus authentique de l’expression. La vidéo suivante montre une autre spécificité de cette armée ;

    Merci Olivier

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