Guerre et paix sur le Golan

Quand la Galilée est écrasée de chaleur, il ne faut pas aller sur le plateau du Golan, c’est pire! Et c’est pourtant ce que nous avons fait.

Nous avions une bonne raison, une visite familiale au kibboutz Ein Zivan. Là encore, nous étions à peu près les seuls sur la route.

Au kibboutz, une odeur douce amère nous attendait, celle du chocolat. Eh oui, un des meilleurs petits ateliers artisanaux de chocolats se trouve sur le Golan: les chocolats de De Karina.

golan chocolat
Quand vous les aurez dégustés, les caves Pelter sont juste à côté. C’est une affaire familiale: les Pelter, des agriculteurs du moshav Tsofit,  se sont reconvertis avec succès dans le travail du vin . Si leur principale vigne se trouve à Ein Zivan, ils en possèdent d’autres à Mitzpe Ramon dans le Neguev ainsi que dans les monts de Jerusalem et dans la vallée de Kedesh en Galilée. En mélangeant les raisins mûris sous des climats et sur des sols différents, ils produisent un vin de grande qualité. Et comme un bon vin ne va jamais sans un bon fromage, les Pelter produisent aussi d’excellents fromages de chèvres.

Bref, Ein Zivan est devenu un kibboutz prospère et « où il fait bon vivre et élever ses enfants en paix » comme le disent nos cousins.

golan ein zivan

Surtout quand on sait qu’on se trouve à quelques centaines de mètres de la frontière syrienne et de la guerre qui y fait rage!

DSCF0720(Nous sommes bien plus près de Damas que de Jerusalem ou même de Haifa)

Tout près du kibboutz se trouve le mont Bental qui culmine à 1171 mètres. A cette altitude nous avons retrouvé enfin une fraîcheur relative.  Du sommet du mont Bental, le visiteur a une vue panoramique sur le Golan, le ‘Hermon et surtout sur toute la plaine syrienne.
C’est aussi une montagne truffée de tranchées et de bunkers qui racontent les durs combats de la guerre de Kippour.

En 1973, pendant la guerre du Yom Kippour, cet endroit fut le lieu d’une des plus grandes batailles de tanks. Au début de la guerre, les Syriens attaquèrent avec 1500 tanks et 1000 pièces d’artillerie. Contre eux, seulement 160 tanks et 60 pièces d’artillerie israéliennes. Les forces syriennes réussirent à détruire presque tous les tanks israéliens à l’exception de 7 d’entre eux. Israel ne pouvait laisser le Mont Bental entre les mains des soldats syriens vu sa position stratégique. Finalement, Israel contre-attaqua et bien que les soldats de Tsahal étaient en sous nombre, ils obligèrent les Syriens à se replier. Toutefois les pertes furent très lourdes et la vallée au pied du mont Bental fut nommée La Vallée des Pleurs עמק הבכה (Emek haBakha) .

L’un des héros de cette bataille est Avigdor Kahalani*, commandant de la 77 ème division de chars.
Le premier jour, dès les premières minutes de l’attaque syrienne, il prit une pomme, la mangea devant ses soldats et leur dit: «  Je jeûne pour Kippour depuis l’age de 10 ans, mais nous sommes en guerre et vous devez manger* ».
Il réussira à réorganiser sous le feu de l’ennemi les attaques contre les Syriens. Pour être certain d’être bien vu et suivi par ses soldats, il se juchait sur la tourelle de son char. Sa seule division détruira environ 300 chars syriens.

En hébreu le nombre 77 s’écrit avec les lettres ע=70 et ז=7, on peut le lire  עז (Oz) la force. Depuis ces combats, la division 77 se nomme la force עז, la force 77.

Un autre héros de ces combats dans la vallée des larmes est Tzvika Greengold  qui à la tête de quelques chars, complètement isolés, les mit en mouvement en changeant sans cesse de position pour amener les Syriens à croire à une contre-attaque et à stopper leur avancée vers la Galilée en prenant des positions défensives. Malgré l’infériorité numérique, il réussira à détruire une soixantaine de tanks syriens. 
Les soldats israéliens engagés les deux premiers jours de la bataille du Golan devaient absolument tenir pour permettre l’arrivée des réserves. C’était une question de vie ou de mort pour tout le pays qui risquait d’être coupé en deux. Beaucoup parmi eux le payèrent de leur vie. Ce fut sans aucun doute une des plus belles pages de l’histoire héroïque de l’armée de défense israélienne.

golan carte guerre de kippour

 

 

Au pied du mont Bental, se trouvent les terres cultivées des kibboutzim Ein Zivan et Merom Golan et à environ 200 m à vol d’oiseau, une petite ville en ruines: Kuneitra.
J’entends un guide expliquer qu’il s’agit de l’ancienne Kuneitra, conquise en 1967 et rendue aux Syriens par la suite mais jamais reconstruite.

DSCF0716(L’ancienne Kuneitra, au premier plan les champs des 2 kibboutzim)

Je revois tout d’un coup ce mois d’août 1967 où j’étais entrée dans cette Kuneitra avec des amis du kibboutz Ramat Hashofet: des maisons éventrées par les obus, des ânes et des chiens errants… Nous nous étions assis sur les sièges du cinéma qui avaient atterri dans un jardin public…
Pour la jeune fille protégée que j’étais alors, cette découverte m’avait mise très mal à l’aise. La guerre, je ne la connaissais qu’à travers des récits ou des photos. J’avais alors ramassé quelques papiers par terre: deux cartes d’identité syriennes, et un livre d’écolier*… Je feuilletais ce dernier et je fus abasourdie par l’exemple imagé donné aux enfants pour leur enseigner la soustraction: 5 Juifs vivants moins 3 Juifs tués, restent 2 Juifs vivants. Les Juifs étaient représentés par des personnages gros, au nez crochu, un grand Maguen David sur la poitrine. Le héros arabe, qui avait tué les soldats juifs, était un personnage avenant et souriant. Le chiffre 5 était écrit sous le groupe de Juifs, le signe – sous le soldat qui tirait et le signe = sous le dessin de 3  Juifs couchés dans une mare de sang. Vous avez certainement vu ce genre de dessin ou lu des articles sur l’enseignement de la haine dans les écoles arabes, mais avoir entre les mains, ce genre de livre destiné aux tout petits!…

Revenons à mon périple. En levant les yeux, à environ, un km de ces ruines, je distingue la nouvelle ville de Kuneitra, et la fumée des combats actuels…

DSCF0715

Et dire que l’hôpital israélien, qui soigne autant que faire ce peu les blessés syriens qui traversent la frontière, se trouve tout près*!

Nous allons prendre un café pour nous rasséréner et là, surprise!

coffee anan
Je me doutais bien qu’il avait pris sa retraite quelque part. Mais quand même patron de bistrot*!

golan coffe-annan
Le comble de l’ironie est que cet endroit est très fréquenté par les casques bleus de l’ONU. En fait, les propriétaires de ce café sont bien bons de l’avoir ainsi nommé après toutes les misères que Kofi Anan a faites aux Israéliens lorsqu’il était à la tête de l’ONU (le Machin!)

golan dry bones kofi anan

(-Kofi Anan est en colère. Tsahal a essayé d’arrêter le trafic d’armes au Liban
-Israel est-il supposé fermer les yeux et ignorer le réarmement des terroristes? 
-Non, ça c’est la travail de l’ONU)

A bientôt,

*Avigdor Kahalani: né à Ness Tsiona en 1944 dans une famille originaire de Sana’a au Yemen, il est devenu général et membre de la Knesset. Pour son héroïsme pendant la guerre de Kippour, il a reçu la plus haute distinction israélienne.

* environ 80 % des Israéliens juifs jeûnent pour Kippour

* Je regrette de ne pas avoir photographié ce livre avant de le remettre au responsable de l’excursion

* Les blessés sont envoyés ensuite dans différents hôpitaux israéliens comme par exemple l’hôpital Ziv de Tsfat:
http://legalinsurrection.com/2015/05/meet-an-israeli-doctor-saving-syrian-lives-and-limbs/

*Coffee Anan: en hébreu ענן (Anan) veut dire nuage. Il s’agit donc du café dans les nuages!

DSCF0710

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9 réflexions sur “Guerre et paix sur le Golan

  1. Toujours instructif ! L’histoire du cahier est terrible, il est vrai qu’on nous disait « apprentissage de la haine » mais nous ne savions pas comment cela se présentait. Quand on voit le kibboutz si beau et si serein, on a de la peine à imaginer la guerre, à côté. Finalement, ces pays qui se sont tant plaint des Juifs s’autodétruisent massivement. Amitiés.

  2. J’aime votre article car il est plein d’espoir finalement, d’accord il y a eut et hélas il y a encore la guerre mais des personnes acharnées ont réussis à construire ce petit paradis terrestre, Qu’ils soient bénis…

  3. Plaisir de lire cet article. Il me permet de prendre la mesure du temps, entre Golan début années 1980 et Golan 2015. A ce propos, vous me donnez l’idée d’un « Je me souviens dans le Golan ». Et puisque le Golan est aussi la région d’excellents vins, permettez-moi, chère Hannah, de lever un verre à votre santé, à celle de votre famille et d’Israël et de vous dire « Lehaïm ! »

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