Les trésors du Neguev: Nevatim

Peu de touristes pensent que la longue route qui va du centre du pays jusqu’à Eilat est parsemée de petits trésors à visiter.

C’est le cas du moshav Nevatim qui se trouve à environ 8 km au sud de Beer Sheva, fondé dans les années 60 par des Juifs originaires de Cochin*,

nevatim
région de l’état du Kerala,  au Sud-Ouest de l’Inde.

CochinOnMap
Les Juifs  se sont établis en Inde il y a fort longtemps.
Selon leur tradition, ils sont les descendants de marchands envoyés par le roi Salomon pour établir des comptoirs le long de la côte occidentale de l’Inde. Vers l’an 1000 de l’ère chrétienne, ils ont été rejoint par des Juifs de Babylonie*, puis par des Juifs expulsés d’Espagne en 1492 (ayant en général transité par l’Irak et la Syrie) et enfin  par un autre groupe de Juifs d’Irak* beaucoup plus récemment, au 19 ème siècle.

Les Juifs arrivés de Babylonie* vers l’an 1000 leur ont fait connaître le judaïsme rabbinique et se sont fondus dans la communauté, ce qui n’a pas été le cas des Juifs d’origine espagnole qui s’estimaient bien supérieurs et ont construits leurs propres synagogues. Mais ça c’est l’histoire juive habituelle. Vous connaissez tous la blague du Juif qui se retrouve tout seul sur une île déserte après un naufrage. Quand on vient le secourir quelques années après, il a déjà construit deux synagogues.
– Pourquoi deux? lui demandent ses sauveteurs
– Eh bien, il y a la synagogue où je vais et celle où je ne vais pas!

L’aliya des Juifs de Cochin fut exemplaire, uniquement motivée par le désir de vivre en Israel car ils n’ont jamais souffert de l’antisémitisme au Kerala et ils ont échangé une situation économique prospère contre une aventure sioniste beaucoup plus difficile.
Non seulement, ils ont vendu leurs biens sans attendre pour partir mais comme le raconte Nehemia dans une des vidéos ci-dessous,  ils se sont installés dans des endroits difficiles comme Nevatim, en plein désert, pour le faire refleurir!

Voici deux vidéos qui retracent la vie des Juifs de Cochin et leur installation en Israel:

 

 

Ils sont maintenant dispersés dans tout le pays, mais au moshav Nevatim vous pouvez visiter le musée des traditions des Juifs de Cochin:

cochin nevatim musee

Vous pouvez également participer à des ateliers culinaires et déguster des plats traditionnels comme ceux qu’à sans doute connus un voyageur juif du 19 ème siècle, David D’Beith Hillel:

 » Je n’avais jamais goûté à tous ces fruits comme les mangues, les goyaves, les noix de coco… Les Juifs de cette région boivent le lait de coco, mangent la chair de ce fruit mais ils en tirent aussi de l’huile. Pour cela ils le mettent à sécher au soleil et lorsqu’il devient dur comme de la pierre, ils en extraient l’huile dans une meule. Cet huile leur sert à cuisiner, comme combustible d’éclairage et comme lotion pour leurs cheveux. Ils sont d’ailleurs surnommés « Les presseurs d’huile respectant le shabbat! »

Cochin cuisine

Il est certains que la cuisine des Juifs de Cochin ressemble beaucoup à celle des populations non-juives de l’Ouest de l’Inde mais elle s’est aussi enrichie de la cuisine, dite baghdadi, des Juifs irakiens et syriens.
Voici la recette du poulet aux carottes parfumées à la menthe, elle est très simple et délicieuse.
Il vous faut:

-un poulet coupé en morceaux
– 3 gros oignons émincés fin,
– 1 gousse d’ail écrasée (facultatif),
– un peu de jus de gingembre écrasé, 2 poivrons non piquants coupés en petits morceaux (certains les remplacent par des piments!),
– 1 cuillerée à café de curcuma, sel, poivre,
– 500 g de carottes coupées en bâtonnets,
– quelques cuillerées de menthe fraîche.
Faites revenir les oignons dans un peu d’huile. Réservez les dans une assiette. Faites ensuite dorer le poulet. Lorsqu’il est doré, incorporer les oignons, l’ail, les poivrons et le gingembre  avec un peu d’eau et faites cuire à feu moyen pendant 10 minutes. Réservez le poulet dans une assiette et incorporez les carottes en rajoutant de l’eau si besoin. Lorsqu’elles sont cuites (environ 15 minutes), remettez alors le poulet dans la casserole et laisser cuire à nouveau.
On doit rajouter la menthe quelques minutes avant la fin de la cuisson. Pour ma part, je préfère la hacher et la parsemer fraîche au moment de servir.

Ce poulet se sert traditionnellement avec du riz blanc ou jaune parfumé au safran ou au curcuma.

Bien qu’ayant vécu dans des régions où la femme est traditionnellement reléguée à des taches subalternes et laissée souvent sans éducation, les femmes juives de Cochin ont toujours participé à la vie religieuse de la synagogue. Elles connaissaient l’hébreu* et la Thora, participaient aux offices, chantaient en public et arrivées en Israel, elles ont transmis leurs chants à leurs petits-enfants.

Ecoutez les grands mères dans la synagogue du moshav Nevatim.

 

A bientôt,

*Les Juifs de Babylonie: dans l’histoire juive, la communauté juive de Babylonie (nom ancien de l’Irak actuel) connaîtra quelques siècles de prospérité aux premiers siècles de l’ère chrétienne. Elle sera célèbre grâce à ses deux grandes universités, celle de Sura et celle de Poumbedita où sera écrit le Talmud de Babylone. Au 10 ème et 11 ème siècles, la région connaîtra de nombreuses catastrophes économiques et politiques et de  nombreux Juifs iront s’installer ailleurs, dans le bassin méditerranéen ou partiront jusqu’en Inde.

*Une nouvelle migration des Juifs d’Irak a eu lieu au 19 ème siècle. Certains se sont installés en Inde, d’autres à Hong Kong alors possession britannique.

*Dans leur vie quotidienne, les Juifs de Cochin parlaient le ‘judeo-malayalam’, langue hybride construite comme toutes les langues juives (yiddish, judeo-arable, judeo-espagnol et bien d’autres) à partir de la langue locale, ici le mayalayam, enrichie de mots en hébreu.

* David D’Beth Hillel: The travels from Jerusalem,  through Arabia, Kurdistan, part of Persia, India and Madras (1824-1832).
On ne sait rien de lui sinon qu’il est né en Europe et habitait à Tsafet(?) près de Jerusalem.

 

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2 réflexions sur “Les trésors du Neguev: Nevatim

  1. Bel article…
    Figurez-vous que j’ai entendu parler des Juifs de Cochin par…Salman Rushdie dans « Le dernier soupir du Maure »…

  2. Passionnant. Je connais bien les Juifs de Cochin (il n’en reste une douzaine) pour avoir séjourné quelques semaines dans cette ville et avoir cherché un peu de fraîcheur dans la belle synagogue de Jew Street (les ventilateurs, le beau carrelage chinois) ; mais j’ignorais l’histoire de Nevatim. Vous complétez donc un beau voyage. Merci !

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