Les matzot et le bataillon perdu

 

Pessah sera là ce soir et  la balbuste* que je suis a fini de traquer le ‘hametz et a fait provision de Matzot. Car la fête de Pessa’h c’est évidemment la fête des matzot.

Comme j’aime bien fouiner, j’ai cherché l’étymologie du mot matza mais je n’ai rien trouvé de clair. J’ai trouvé que le mot était mentionné 54  fois dans le Tanakh (dire que certains s’amusent à compter!) mais pourquoi donc les matzot se nomment-t-elles des matzot? Les opinions divergent.

Certains, lient le mot מצה (matza) à la racine נצה (natza), qui signifie s’envoler. Une matza qui s’envole? Sans doute s’agit-il de souligner la rapidité avec laquelle les Hébreux préparèrent le repas du départ, un repas à la-va-vite ou à l’envole-vite… Il est écrit dans Chemot (12, 39)

וַיֹּאפוּ אֶת-הַבָּצֵק אֲשֶׁר הוֹצִיאוּ מִמִּצְרַיִם, עֻגֹת מַצּוֹת–כִּי לֹא חָמֵץ: כִּי-גֹרְשׁוּ מִמִּצְרַיִם, וְלֹא יָכְלוּ לְהִתְמַהְמֵהַּ, וְגַם-צֵדָה, לֹא-עָשׂוּ לָהֶם.

 Ils firent, de la pâte qu’ils avaient emportée d’Égypte, des gâteaux azymes, car elle n’avait pas fermenté parce que, repoussés de l’Égypte, ils n’avaient pu attendre et ne s’étaient pas munis d’autres provisions.

Eliezer Ben Yehuda* et Avraham Even Shoshan affirment du bout des lèvres que ce mot viendrait de la racine מצצ (Mtztz) qui signifie aspirer ou sucer. Le « tz » final aurait disparu on ne sait pas trop où. Peut-être entre les dents ébréchées des linguistes barbichus qui ont du mal à la croquer…(je parle de la matza bien entendu)
Pour beaucoup, le mot matza vient de la racine מצה (matza)*qui signifie déshydrater, compresser. C’est tout à fait ce qui arrive à la pâte, farine+ eau. Dès que les deux ingrédients sont mélangés, les blocs de pâte vont être compressés,  étirés jusqu’à ce qu’ils soient le plus mince possible puis troués pour qu’ils ne puissent pas gonfler. Ils sont ensuite découpés et mis au four.

Pessah usine matsot aviv(Usine des Matzot Aviv.)

En fait, tout ce qu’on sait des matzot de l’époque du Tanakh, c’est qu’elles étaient une nourriture courante, connue bien avant la sortie d’Egypte.
Lorsque les deux envoyés de Dieu arrivent à Sodome, Loth les reçoit et « וַיַּעַשׂ לָהֶם מִשְׁתֶּה, וּמַצּוֹת אָפָה וַיֹּאכֵלוּ  II leur prépara un repas, fit cuire des galettes et ils mangèrent » (Bereshit 19,3).

Des siècles plus tard,  Gideon, qui veut être sûr que c’est bien Dieu qui lui parle, lui demande un signe:

« Gédéon rentra, apprêta un jeune chevreau et des pains azymes d’un êpha de farine, mit la viande dans une corbeille et le bouillon dans un pot, porta le tout sous le térébinthe et le lui offrit. » (Juges 6,19-20). וְגִדְעוֹן בָּא, וַיַּעַשׂ גְּדִי-עִזִּים וְאֵיפַת-קֶמַח מַצּוֹת, הַבָּשָׂר שָׂם בַּסַּל, וְהַמָּרַק שָׂם בַּפָּרוּר; וַיּוֹצֵא אֵלָיו אֶל-תַּחַת הָאֵלָה, וַיַּגַּשׁ.  

Encore bien plus tard, quand le roi Shaoul est épouvanté de ce que lui prédit la sorcière, celle-ci a pitié de lui et:

 « La femme avait chez elle un veau gras; elle se hâta de le tuer, puis elle prit de la farine qu’elle pétrit et qu’elle fit cuire en pains azymes. Elle servit ce repas à Shaoul et à ses gens » (I Samuel, 22, 24). וְלָאִשָּׁה עֵגֶל-מַרְבֵּק בַּבַּיִת, וַתְּמַהֵר וַתִּזְבָּחֵהוּ; וַתִּקַּח-קֶמַח וַתָּלָשׁ, וַתֹּפֵהוּ מַצּוֹת. כה וַתַּגֵּשׁ לִפְנֵי-שָׁאוּל וְלִפְנֵי עֲבָדָיו, וַיֹּאכֵלו

De nos jours, les enfants préparent chaque année des matzot dans leur école.

pessah enfant preparant matzot

 

Et cette année, la mairie de Jerusalem a converti la grande place Safra en une immense boulangerie de matzot. 40 personnes  ont préparé  des matzot pendant quelques jours en expliquant au public les procédés de fabrication.

Place Safra et mairie

(la place Safra et le bâtiment de la mairie de Jerusalem)

 

(Ici un atelier de fabrication non-automatisé)

Comme vous avez pu le voir dans mon dernier article, les soldats de la Légion Juive avaient passé le dernier seder de guerre en 1918 à Jerusalem. Pour les autres soldats juifs qui combattaient dans les différentes armées  européennes, la réalité était diverse. Les armées d’Europe Occidentale avaient fourni en matzot leurs soldats juifs, les armées russes et turques les avaient laissés se débrouiller au mieux avec la générosité des rabbins autochtones.
Quant à l’armée américaine, la mieux organisée et la plus puissante, elle fit parvenir une tonne de matsa à la 77 ème division.

matza for the 77th (les matzot de l’armée américaine pendant la première guerre mondiale)

Les soldats de la 77 ème Bataillon venaient presque tous de New-York et ils avaient été surnommés les « gangsters » par les bien-pensants de l’armée. Ils n’étaient pas des gangsters, loin de là,  mais des immigrants d’origines diverses, italiens, irlandais et surtout juifs, des durs à cuire qui savaient ce que survivre veut dire. En octobre 1918, ce bataillon fut entouré par les troupes allemandes dans la forêt de l’Argonne et se battit pendant une semaine sans nourriture et sans eau. Sur 550 soldats, 150 seulement survécurent. Ils furent sauvés grâce à un soldat Abraham Krotoshinsky (qui n’avait même pas la nationalité américaine) et qui rampa a travers les lignes allemandes en direction de l’armée américaine. Abraham Krotoshinsky reçut le DSC [Distinguished Service Cross) pour avoir été volontaire pour cette mission: « J’étais solide, plus solide et plus fort que mes camarades, alors je me suis dit que c’était moi qui devait y aller. J’ai rampé comme j’ai pu tout le long des lignes allemandes. Enfin, j’ai vu les lignes américaines, je me suis approché en priant pour qu’ils ne me tuent pas car je ne savais pas l’anglais! Un officier me vit et me demanda de quel bataillon j’étais, je répondis: Je suis… bataillon perdu. »

AbrahamKrotoshinsky

L’histoire retint ce nom de Bataillon Perdu*.

Les soldats du Bataillon Perdu réussirent à sauver un Sefer Thora d’une synagogue en flamme dans le secteur de Saint Mehiel dans l’est de la France. Un des soldats fit envoyer ce Sefer Thora à son père qui dirigeait un orphelinat à Brooklyn.
Pour remercier Abraham Krotoshinsky, le philanthrope Nathan Strauss* finança ses études d’agriculture et son installation en Palestine où il vécut quelques années avec sa famille. La femme de Krotoshinsky ne s’habituant pas aux conditions spartiates de la vie en Palestine, il retournèrent à New York où il devint employé des Postes.

Pour en revenir à la situation des Juifs de Palestine, j’ai reçu un mail d’une amie qui s’étonnait que les Juifs aient pu craindre de partager le sort des Arméniens. Ce fut pourtant le cas. Le biographe du général Erich von Falkenhayn qui était en poste en Palestine auprès de l’armée turque soutient que ce fut grâce à lui que les Juifs échappèrent à un massacre généralisé. Est ce vrai? On sait qu’il existait de graves tensions entre le général et le Pacha qui lui reprochait de ne pas avoir défendu Jerusalem de peur que les lieux saints ne soient endommagés. Alors voulait-il protéger les Juifs ou les lieux saints? La question restera probablement sans réponse. Mais la menace pour les Juifs était bien réelle.

En ce début de 20 ème siècle, la fête de Pessah était une fête autant nationale que religieuse: notre libération d’Egypte se confondait avec notre future libération sur notre sol. Elle se fêtait non seulement avec un Seder mais avec aussi des défilés et des épreuves sportives

pessah 1912 rehovot

 

Ce soir la lune sera pleine, la lune du 15 Nissan.
Nous fêterons Pessah en famille. La maison est prête, nous avons traqué le ‘hametz,

pessah bedikat hametz

ce qui restait a été brûlé ce matin…

Et l’odeur de la glycine se mêle à celle du premier jasmin…

Comme toujours, j’ai préparé des repas pour un גדוד*(gdoud), un bataillon  entier… 

Pessah Alphonse Levy

 (Dessin d’Alphonse Levy)

Cette année, j’ai en plus mon arme secrète: la glace au ‘Harosset*!

harosset ben Jerry

Nous sommes prêts! Je vous souhaite un Pessah plein de joie

 חג פסח שמח

Pessah betset israel 3(La sortie d’Egypte, Raphael Abecassis)

A bientôt,

* balbuste:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/03/05/un-menage-ethique/

*Cette racine a donne le mot מיץ (mitz), jus

*Avraham Even Shoshan, 1906-1984 composa en 1946 le fameux dictionnaire qui porte son nom et qui compte plus de 25 000 entrees. Il est aussi l’auteur d’une concordance biblique

*Eliezer ben Yehuda:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/16/eliezer-ben-yehouda/

*Nathan Strauss:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/08/27/henrietta-et-hadassah/

*Il existe un film « The lost bataillon »  qui raconte l’histoire du Bataillon Perdu

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3 réflexions sur “Les matzot et le bataillon perdu

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