Au bord des fleuves de Babylonie

En face du grand musée Israel, se trouve un autre musée, plus petit et souvent peu connu des touristes, le musée des Pays de la Bible. C’est le musée des civilisations non hébraïques dont parle la Bible: celles de Perse, du Moyen-Orient, de Grèce et de Rome.

Musee des Pays de la Bible

En ce moment, il abrite une  exposition nommée על נהרות בבל (Al nearot Bavel) – au bord des rivières de Babylonie. Le nom de l’exposition fait référence au Psaume 137:

Psaume  137   -2

 א עַל נַהֲרוֹת, בָּבֶל–שָׁם יָשַׁבְנוּ, גַּם-בָּכִינוּ: בְּזָכְרֵנוּ, אֶת-צִיּוֹן. ב עַל-עֲרָבִים בְּתוֹכָהּ– תָּלִינוּ, כִּנֹּרוֹתֵינוּ. ג כִּי שָׁם שְׁאֵלוּנוּ שׁוֹבֵינוּ, דִּבְרֵי-שִׁיר– וְתוֹלָלֵינוּ שִׂמְחָה:שִׁירוּ לָנוּ, מִשִּׁיר צִיּוֹן. ד אֵיךְ–נָשִׁיר אֶת-שִׁיר-יְהוָה: עַל, אַדְמַת נֵכָר. ה אִם-אֶשְׁכָּחֵךְ יְרוּשָׁלִָם– תִּשְׁכַּח יְמִינִי. ו תִּדְבַּק-לְשׁוֹנִי, לְחִכִּי– אִם-לֹא אֶזְכְּרֵכִי:אִם-לֹא אַעֲלֶה, אֶת-יְרוּשָׁלִַם– עַל, רֹאשׁ שִׂמְחָתִי. ז זְכֹר יְהוָה, לִבְנֵי אֱדוֹם– אֵת, יוֹם יְרוּשָׁלִָם:הָאֹמְרִים, עָרוּ עָרוּ– עַד, הַיְסוֹד בָּהּ. ח בַּת-בָּבֶל, הַשְּׁדוּדָה:אַשְׁרֵי שֶׁיְשַׁלֶּם-לָךְ– אֶת-גְּמוּלֵךְ, שֶׁגָּמַלְתְּ לָנוּ. ט אַשְׁרֵי, שֶׁיֹּאחֵז וְנִפֵּץ אֶת-עֹלָלַיִךְ– אֶל-הַסָּלַע.

« Au bord des rivières de Babylonie nous étions assis et nous pleurions en nous souvenant de Tsion, nous avions suspendu nos harpes aux saules de ce pays. Nos vainqueurs nous demandaient de chanter et nos oppresseurs d’être heureux: Chantez nous quelques un des chants de Tsion! Comment chanterions nous sur une terre étrangère? Si je t’oublie Jerusalem, que ma droite m’oublie! Que ma langue s’attache à mon palais si je ne me souviens pas de toi, Jerusalem, si je ne fais de Jerusalem le principal sujet de ma joie! Dieu, souviens toi des enfants d’Edom qui dans la journée de Jerusalem disaient: Rasez, rasez jusqu’aux fondements! Fille de Babylone la dévastée, heureux qui te rend le mal que tu nous a fait, qui saisit des enfants et les brise contre le rocher ».

Cette exposition est exceptionnelle car grâce à la découverte de de plus de 200  tablettes gravées en lettres cunéiformes en Irak, nous avons pour la première fois des documents précis sur la vie quotidienne des Juifs déportés à Babylone.  L’un des archéologues qui a étudié ces tablettes, le professeur Horowitz, estime quant à lui  que c’est la plus importante découverte depuis celle des manuscrits de la Mer Morte.

Que s’était-il donc passé il y a 2500 ans?

Tout simplement, les Babyloniens étaient venus finir le travail commencé par les Assyriens et avaient conquis ce qui restait d’Israel pour agrandir leur empire. Des impérialistes comme on disait quand j’étais jeune!
Le siège de Jerusalem et sa chute en 586 avant l’ère chrétienne furent épouvantables. Ils sont relatés à plusieurs reprises dans le Tanakh et nous lisons les Lamentations de Jérémie chaque année pour le 9 du mois de Av*.
La campagne militaire du Roi Nabukhanetsar, sa victoire et surtout sa victoire sur Jerusalem sont mentionnées dans les chroniques babyloniennes.

Al Yahudu rations de nourriture

(Copie du texte d’une tablette babylonienne qui détaille les rations de nourriture accordées au roi prisonnier Yoyakim et à sa famille)

Déportés par Naboukhanetsar, les juifs survivants s’installent entre les fleuves, fondent des villages et deviennent agriculteurs. Ces tablettes sont essentiellement des textes administratifs dans lesquels on trouve les noms de ces villages et leur emplacement.

Comment le sait-on? Comme ce sont des tablettes administratives, sur chacune est consignée la date exacte, jour et mois, et l’année de règne du souverain. C’est d’ailleurs à ce moment-là que les Juifs commencent à nommer les mois de l’année, alors que dans le texte biblique, il ne sont différenciés que par un numéro. Habitants la Babylonie, ils leur donnent des noms babyloniens. Bien des siècles plus tard, quand les Juifs introduiront le calendrier occidental en hébreu en parallèle avec le calendrier juif, ils donneront aux mois des noms allemands, l’allemand (parfois dans sa forme yiddishisée) étant la langue vernaculaire des Juifs d’Europe Centrale d’où venaient les pionniers.

Ces tablettes sont écrites en trois langues: en akkadien qui est la langue officielle de l’empire, en araméen* qui est la langue de la région, et en hébreu avec les anciens caractères*.

Les villages sont localisés selon leur proximité grace aux Naru, mot akkadien qui signifie  canal. Au lieu de traduire על נהרות בבל (al nearot bavel), par « au bord des rivières de Babylone », on devrait peut-être dire « au bord des canaux ». L’empire babylonien et plus tard l’empire perse devaient leur prospérité aux canaux qui les sillonnaient.

Al YAhudu carte des villages

La région en orange est la région où s’installent la plupart des Juifs déportés. Ils y fondent de nombreux villages dont celui de Al Yahudu, la Judée, mentionné dès la 15 ème année qui suivit la déportation.

Voici une reconstitution de Al Yahudu:

Al yahudu

Certaines tablettes nous donnent des listes de noms de personnes. Certains noms sont directement tirés des textes du Tanakh comme Guedalia, Tisdkiahou, Yelhezkel. D’autres nous sembles étranges car ils se terminent par Yama. Ce sont des noms qui appartiennent à une langue hybride, comme le seront la plupart des noms juifs dans les différents exils. Ici, il s’agit de judéo-akkadien et de judéo-araméen et Yama est l’équivalent de Yahu qui termine de nombreux noms hébraïques et qui signifie Dieu (comme El), comme Netanyahou, équivalent de Netanel, en français « cadeau de Dieu ».

Al Yahudu liste de noms propres

On a pu reconstituer la généalogie de certaines familles sur 4 ou 5 générations:

AAl Yahudu nom de familles

L’un des habitants de Al Yahud se nomme Samakhyahu, (Dieu soutient). Un Samakhyahou est mentionné dans les ostraca trouvées à Lakhish*. Son fils se nomme Rapa Yama équivalent de Rafayahaou ou Raphael.

On a trouvé un certain nombre de contrats de location de maisons comme celui-ci: « Nir Yama fils de Ahikam a loué une maison à Al YAhudu pour 3 ans, pour 10 shekel par an en deux paiements annuels. Il s’engage à entretenir la plomberie et le toit et apportera à son propriétaire 3 paniers de légumes de son jardin par an ».
Mais égalements des contrats d’association: « Haggai et son frere Yahu Azar fils d’Ahikam s’associent avec Bulluta fils de Kussu Raha pour cultiver leurs champs respectifs ».

L’exil à Babylone dura jusqu’à ce que les Perses supplantent les Babyloniens.
En 516, le roi de Perse Cyrus permettra aux exilés de rentrer chez eux et de reconstruire le temple de Jerusalem. Certains repartiront en Judée. Ils seront confrontés aux difficultés du retour, racontées dans les livres d’Ezra et de Nehemia.

Cyrus le cylindre

(copie du cylindre de Cyrus, texte en écriture cunéiforme*
dans lequel Cyrus permet aux exilés de retourner chez eux,
voir aussi le texte du livre d’Eza 1.1-6)

D’autres resteront sous le joug léger des Perses… joug léger jusqu’à ce qu’arrivent au pouvoir Ahashverush* et son sinistre ministre Haman.

L’histoire de Pourim ne m’a jamais fait rire. De quoi est-il question? Du Juif Mordekhai qui refuse de jouer les carpettes devant un des grands de ce monde, du rapt et du viol officiels d’une jeune fille juive Esther qui ne voulait pas devenir reine, de son enfermement dans un palais et du projet d’extermination des Juifs de Perse par le ministre Haman… C’est vrai qu’ils furent sauvés grâce au courage d’Esther mais ils le furent non pas parce que le danger avait disparu et les assassins rentrés chez eux, non, ils le furent parce qu’ils purent se défendre.
Comme nous avons une grande capacité à encaisser et à surmonter les difficultés, nous avons su transformer le malheur en joie: la terre et la paille qui nous servait à faire les briques en Egypte est devenue une délicieuse argile* : le ‘Harosset de Pessa’h. Et ce drame de Pourim est devenu un jour de joie et de farces…

Mais le théâtre de l’absurde continue. Comme a dit l’ambassadeur d’Israel a l’ONU, Ron Prosor dernièrement: les instances internationales sont une vaste farce!

 

POurim Caricature arutz 7 Or Reichert

(caricature de Or Reichert, Arutz 7)

« Le roi prit son anneau de son doigt et le donna à Haman Ben Hamedata l’Agagit, le persécuteur
de Juifs. Et le Roi dit à Haman, je t’abandonne à la fois l’argent et cette nation
dont tu feras ce que bon te semblera »

י וַיָּסַר הַמֶּלֶךְ אֶת-טַבַּעְתּוֹ, מֵעַל יָדוֹ; וַיִּתְּנָהּ, לְהָמָן בֶּן-הַמְּדָתָא הָאֲגָגִי–צֹרֵר הַיְּהוּדִים. יא וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ לְהָמָן, הַכֶּסֶף נָתוּן לָךְ; וְהָעָם, לַעֲשׂוֹת בּוֹ כַּטּוֹב בְּעֵינֶיךָ. 

On en a vu d’autres!
En attendant, il fait beau, les enfants se déguisent déjà depuis quelques jours. Jeudi et vendredi*, Israel fêtera Pourim,

Pourim ben gourion

 (Personnel d’EL AL à l’aéroport Ben Gourion)

et une fois encore nous croquerons les oreilles du sinistre Haman avec nos petit-enfants déguisés en Indienne, Japonaise, princesses, et en pompier!

oreilles d'Haman 2
Si vous voulez en croquer, faites un tour sur le site de Piroulie, elle a toujours d’excellentes recettes:
http://piroulie.canalblog.com/

 

PPP1

 

A bientôt,

* Le 9 Av:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/07/29/le-mois-de-av/

* Il n’exite pas une langue araméene mais plusieurs

*écriture hébraïque:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/04/ne-dites-plus-cest-de-lhebreu-pour-moi-1/

*Les ostraca de Lakhish:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/01/31/les-torches-de-lakhish-et-dazeka/

*Ahashverush: Assuerus en français

* Le ‘Harosset symbole de l’argile qui nous servait à faire ds briques lors de notre esclavage d’Egypte:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/04/11/une-delicieuse-argile/

*A Jerusalem, comme dans toutes les villes fortifiées, le texte d’Esther nous recommande de faire la fête le lendemain. Cela s’appelle Shoushan Pourim (Pourim de Suze)

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7 réflexions sur “Au bord des fleuves de Babylonie

  1. De grands changements sont en cours en Iran, d’où l’inquiétude mais aussi l’espoir. Ce n’est tout de même pas avec les Saoudiens et autres Arabes que nous allons dégager l’horizon.
    Hannah, j’aimerais que vous nous expliquiez l’évolution graphique de chaque caractère de l’alphabet hébreu. Et quel est en l’occurrence le rapport entre le son et la forme (morphologie) ? Et l’hébreu cursif par rapport à l’hébreu « cunéiforme » ? Etc.

  2. Hannah,
    Je suis un peu confus ces derniers temps. En fait, j’aimerais comprendre l’évolution graphique (morphologique) de chaque caractère hébreu, de leur naissance à aujourd’hui. Où situer leur naissance ? Qui sont leurs « parents » ? Par ailleurs, quel est le rapport entre forme et sonorité de chaque caractère de l’alphabet hébreu. Autrement dit, leur forme laisse-t-elle présager la sonorité qui s’en élève ? Pourquoi cette hiérarchisation voyelles-consonnes ? Autre question, comment (et pourquoi) a été élaboré le cursif ? J’ai mille questions à vous poser.

  3. J’évoque l’évolution et les changements de l’écriture hébraïque dans mon article (https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/12/04/ne-dites-plus-cest-de-lhebreu-pour-moi-1/) mais si vous voulez vraiment tout savoir sur le sujet, je vous recommande le livre suivant:Joseph Cohen « L’écriture hébraïque, son origine, son évolution et ses secrets » ed Cosmogone, dont voici le résumé:
    « Cet ouvrage, constitué de vingt-deux chapitres au nombre des vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu, retrace l’histoire de l’écriture hébraïque depuis ses origines à travers les inscriptions paléo-hébraïques et judaïques carrées jusqu’à nos jours. Il étudie les formes de l’écriture dans les différentes aires géographiques : l’écriture orientale, séfarade, ashkénaze etc. à l’époque ancienne, au Moyen Age et à l’époque moderne… Il examine certaines significations attribuées aux lettres hébraïques dans la Qabbale, la Hassidout et dans le domaine ésotérique et magique (amulettes, pentacles etc.). Il présente également les problèmes que posent actuellement l’emploi de l’écriture et du système vocalique, ainsi que les propositions avancées pour les réformer et les adapter à l’hébreu vivant, parlé quotidiennement en Israël. Richement illustré, cet ouvrage, dont le sujet n’avait pas encore été traité en France, est écrit avec une rigueur scientifique et dans un style aisé. Il ne s’adresse pas aux seuls hébraïsants, mais aussi à un large public désirant connaître la passionnante histoire d’une écriture ancienne dans un pays moderne »

    C’est un ouvrage très sérieux et tout à fait complet qui est en plus agréable lire.
    Amicalement

  4. Merci Hannah ! Votre article m’avait mis l’eau à la bouche. Et je voulais en savoir plus. Je commande le livre dès aujourd’hui.

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