Jerusalem: dossier médical

Le commentaire de Myriam à mon précédent article, mentionnait une exposition sur les débuts de l’hôpital Shaarei Tsedek lorsqu’il était  situé rue Yaffo.

medecine jerusalem liste des patients pendant la premiere guerre mondiale

(Liste des patients de l’hôpital Shaarei Tsedek pendant la première guerre mondiale, Photo Shabtay Teller)

Or, il y a en ce moment une exposition sur l’histoire de la médecine au musée de la Tour de David qui s’appelle ירושלים, גיליון רפואי: Jerusalem, dossier médical.

medecine jerusalem exposition Migdal David

 La médecine juive est très ancienne.

Des l’époque du roi ‘Hizkiahou qui régnait il y a environ 2500 ans, on consultait un livre appelé ספר רפואות (sefer refouot) le livre des guérisons. Ce livre a disparu mais grâce au Talmud de Babylone qui le mentionne environ 1000 ans plus tard, nous savons qu’il contenait un précis d’anatomie, des descriptions de diverses maladies et surtout des recettes médicales.
Dans la Bible, on ne parle pas de médecin. Celui qui guérit c’est Dieu.
Il est écrit: « …moi, l’Éternel, je te préserverai »  כִּי אֲנִי יְהוָה, רֹפְאֶךָ. et  la racine רפא (R,F,Aleph) qui signifie guérir ne s’appliquera au praticien qu’à l’époque moderne (le médecin=רופה, rofé). On ne connait pas non plus le nom d’un seul médecin de ce temps là  alors qu’on connait le nom  des sages-femmes, Pouah* et Shifra, accoucheuses des femmes juives en Egypte.

La tradition juive  fait grand cas de la préventionsur les 613 mitsvot, il y en a 214 qui touchent à la santé.
La prévention des épidémies et des maladies vénériennes, l’obligation de se laver, les soins dermatologiques, les règlements diététiques et sanitaires strictes, les règles de vie sexuelle, l’isolement et la quarantaine, l’observance d’un jour de repos, le sabbat, etc… sont autant des commandements divins que des dispositions qui permettent de rester en bonne santé et inhibent la propagation de nombreuses maladies répandues dans les pays voisins.

Pendant la traversée de 40 ans dans le Sinaï, des directives sont données pour garder le camp propre de toute contamination: celui qui avait été en contact avec un cadavre ou une charogne, ou qui souffrait d’écoulements purulents, devait passer par une décontamination minutieuse loin du camp avant d’être autorisé à retourner auprès des siens. Même s’il n’y a pas d’épidémie particulière, les armes et objets des soldats doivent eux aussi passer une inspection sanitaire.
Bien sur, les médicaments sont préparés à partir de plantes.

medecine jerusalem ספר פרי ההדס

(Une page du livre ספר פרי ההדס, le livre de la myrte, traite médical et mystique,
écrit en hébreu rabbinique.
Les mains sont celles des Cohen lors de la bénédiction des Cohanim; photo Shabtay Teller)

Les plus grands noms du judaïsme, qui sont aussi médecins, écrivent leur propre traités médicaux ou donnent leurs propres conseils de diététique comme le fit le Rambam*.
Nous connaissons tous le serment d’Hippocrate mais savez-vous qu’il est possible pour un étudiant en médecine de prêter serment selon le texte du Rambam*? C’est ce que  fit le Dr Herbert le Porrier, auteur du « Médecin de Cordoue ».

Si vous êtes vraiment intéressés par la médecine hébraïque à travers les âges, je vous conseille de parcourir les Mélanges d’Histoire de la Médecine Hébraïque sur googlebooks:

http://books.google.co.il/books?id=SVm_Ycxj6p0C&printsec=frontcover&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false
qui sont des morceaux choisis de la revue d’histoire de la médecine hébraïque publiée entre 1948 et 1985.

Mais, je me suis égarée dans l’histoire de la médecine juive alors que je voulais vous parler de cette exposition!
L’exposition  du musée de la Tour de David ne nous emmène pas si loin dans le temps. Elle nous présente la médecine moderne telle qu’elle apparut il y a environ deux siècles à Jerusalem.
A ce moment-là, la lèpre, la malaria, le trachome, la tuberculose sans compter les épidémies de peste sont le lot des habitants du pays. Toutes les recommandations de la tradition hébraïque sont respectées et les remèdes connus. Mais à Jerusalem, la densité de la population entassée à l’intérieur des murailles est telle qu’il était presque impossible d’appliquer convenablement de simples règles d’hygiène.
Pendant des siècles, les Juifs de la ville ne connaissent qu’entassement et misère. Il faudra attendre l’année 1854 pour que soit édifié  dans la vieille ville, le premier hôpital , l’hôpital Mayer Rothschild. Enfin, la situation sanitaire des Juifs de Jerusalem s’améliore.

En 1887, son directeur le Dr Schwartz  obtiendra les fonds nécessaires pour en construire un plus spacieux, hors des murailles.

medecine jerusalem hopital Rothschild

Les documents présentés à l’exposition viennent d’archives institutionnelles comme celles de l’hôpital Hadassa* mais aussi privées comme celles du Dr Wallach, le fondateur de l’hôpital de Shaarei Tsedek en 1901 et celles du Dr Gunther Friedlander fondateur de la pharmacie Teva (nature) en 1934 qui deviendra Teva Pharmaceutical Insdustries, 

medecine Jerusalem Teva

avec ses cahiers de formules pour la préparation de médicaments.

medecine Jerusalem cahier Friedlander

Les objets sont ceux de la vie quotidienne comme ces plaques de médecins, dont en haut sur la photo ci-dessous celle du célèbre Dr Avraham Tikho, ophtalmologiste:

medecine jerusalem plaques de medecin David Vinokor

Cet appareil pour vérifier la pureté de l’eau:
medecine jerusalem appareil pour verifier la purete de l'eau David Vinokor
Pour la population non-juive*, il existe cependant un endroit où se faire soigner depuis le 17 ème siècle, c’est le couvent San Salvatore.

medecine Jerusalem couvent franciscain San Salvatore

Au 17 ème siècle, l’Eglise Catholique veut ses entrées à Jerusalem et les Turcs s’y opposent. L’Eglise obtiendra gain de cause en proposant alors de fonder un hôpital et surtout une pharmacie pour aider la population musulmane et chrétienne de la ville.
Dans ce couvent franciscain, un moine italien Antonio Manzani di Cuna passera des années à répertorier les plantes de la région et les analyser. Il trouvera alors ce qui fut pour le couvent le médicament miracle, le Baume de Jerusalem.

Dans la vidéo ci-dessous, un moine nous fait faire le tour de ce qui fut la pharmacie dont il ne reste que des grandes tables où on préparait ce fameux baume et d’autres médicaments. Les ingrédients étaient conservés dans des pots en faïence, importés de Gènes et fabriqués spécialement pour le couvent, avec comme symbole la croix particulière de Jerusalem. D’après les moines le baume était bon pour le cœur, la tête, la toux, les douleurs dentaires, les jambes, les yeux, en badigeon pour les blessures, quelques gouttes pour un mal de gorge! Il soignait même les maladies vénériennes, vraiment tout…
Le baume fit la réputation du couvent et les commandes affluèrent de toute l’Europe. Tous étaient persuadés qu’il sauvait même de la peste!
Deux scientifiques israéliens, Raphael Meshulam et Arik Moussaief, ont conduit quelques expériences avec le fameux baume. Il semble qu’il soit un très bon antiseptique. Pour eux, même si le baume de Jerusalem n’est pas le médicament universel que décrivent les moines, le produit a une action réelle. Comme dit Raphael Meshulam: la foi et la science peuvent très bien aller de pair. Si vous êtes persuadés que ça marche, alors ça marchera!
Les moines ont cependant arrêté de fabriquer le précieux baume à partir du 20 ème siècle. S’il est si efficace, je me demande bien pourquoi!

Antonio Manzani di Cuna avait bien du talent, mais le baume de Jerusalem est un médicament connu depuis l’époque biblique: à base d’encens, de myrrhe, de lentisque (pistachier) et d’aloe vera. C’est effectivement un bon antiseptique, qui décongestionne et soigne les douleurs.
Pour la peste, voyez quand même la médecine moderne…


medecine jerusalem epices medicaux(épices à usage médical, photo Shabtay Teller)

 

Dans la vidéo, on entend le chant ערב של שושנים (Erev Shel Shoshanim) qui parle d’un tapis de myrrhe, d’encens et d’épices:

« Soir de roses, descendons au verger, myrrhe, épices, encens, seront un tapis sous tes pieds. La nuit tombe doucement, et souffle un vent de roses, laisse moi fredonner pour toi un chant d’amour, l’aube, les colombes roucoulent, ta tête est couverte de rosée, ta bouche est une rose que je vais cueillir« 

ערב של שושנים
נצא נא אל הבוסתן
מור בשמים ולבונה
.לרגלך מפתן

לילה יורד לאט
ורוח שושן נושבה
הבה אלחש לך שיר בלאט
.זמר של אהבה

שחר הומה יונה
ראשך מלא טללים
פיך אל הבוקר, שושנה
.אקטפנו לי

 

Contrairement aux accusations classiques de discrimination*, les médecins israéliens se battent ici pour sauver des vies, celle des Juifs comme celles des non-juifs. On a vu souvent un terroriste blessé être soigné dans le même hôpital que ses victimes sans que cela déclenche une émeute de la part des familles. Les hôpitaux dans le nord du Pays continuent de sauver les vies des blessés syriens qui arrivent à franchir la frontière.

Des médecins israéliens aident des Yazidis dans la zone kurde de l’Irak:
http://www.israeltoday.co.il/NewsItem/tabid/178/nid/26027/Default.aspx?archive=article_title

Ils n’ont cependant pas pu sauver la vie d’Adele Bitton (4 ans) victime d’un attentat il y a deux ans et dont l’état s’était dernièrement détérioré jusqu’à sa mort ce mardi.

Adele-Bitton

A bientôt,

le Rambam: Rabbi Moshe ben Maimon ou Maimonide (1138-1204).

*Le serment de Maimonide: D’après Isidore Simon (voir la référence sur goglebooks que je mentionne dans l’article, à la page 51) il s’agirait plutôt du serment d’un certain Assaf, médecin juif du 7 ème siècle.

* l’hôpital Hadassa:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2013/08/27/henrietta-et-hadassah/

* Les Juifs n’étaient soignés dans un hospice chrétiens sauf s’ils acceptaient de se convertir. Les hôpitaux juifs furent créés aussi pour lutter contre ce missionarisme qui imposait la conversion en échange des soins. Les moines n’imposaient pas cela aux musulmans qui étaient les maîtres du pays.

*la haine gratuite:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/04/25/la-haine-gratuite/

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2 réflexions sur “Jerusalem: dossier médical

  1. Chère Hannah, merci pour ton super blog, j’ai un énorme plaisir à te lire. J’ai bien envie de découvrir l’exposition dont tu parles.
    L’année dernière, j’ai visité le petit musée qu’il y a dans la rova (vieille ville de Jerusalem), sur la vie du temps du premier yichouv à Jerusalem. Il y a un modeste lit en fer qui y est exposé; il a comme particularité d’avoir été un lit de location. Si je raconte cette anecdote, c’est parce que j’ai été touchée de voir dans quelle précarité et dénuement les gens vivaient, et ce lit devait vraiment être un bien convoité. (Dans ce musée, il y a aussi beaucoup de primus exposés, ah, le primus toute une histoire….)

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