On marche au pas, enfin presque!

Depuis samedi soir, la plupart des Yerushalmim, qui ne sont pas partis en Tzimer ou en ‘houl* comme on dit ici, se retrouvent pour divers festivals comme le festival de piyutim*

tableau avec texte de piyut 19 eme siecle (en forme de finjan)(texte de piyut, tableau de Israel Meir Mizra’hi, 1850 en affiche du festival de piyutim)

ou celui de poésie, nommé « Un mètre sur un », מטר על מטרת  (meter al meter) et qui a lieu au jardin botanique et dans les ruelles du marché Ma’hane Yehuda*


Et nombreux sont ceux qui participent aux défilés de Jerusalem

Tous les ans à Soukot, on défile dans les rues de la ville.
Pourquoi? Pour quelle bonne cause?
Simplement pour le plaisir et sans doute pour rappeler que Soukot était une des trois fêtes de pèlerinage et que de tout Israel, on « montait » à Jerusalem avec femme et enfants
Il y a la célèbre marche des Nations*

marche de jerusalem les nations

mais aussi celle de différents corps de métiers, des pompiers, de certaines unités de l’armée (y compris celle des retraites de l’armée!), des sauveteurs, de la compagnie du gaz, de l’électricité etc…auxquelles se joignent de nombreux anonymes,

tseadat-jer9(ici les producteurs de lait de Maale Gilboa)

Et puisqu’on parle de marche, je vais vous parler de pied!
Le mot רגל (reguel) veut dire pied et même jambe lorsqu’on ne désigne  pas un endroit précis du membre.
Mais vous le savez bien, les racines sont joueuses et le même mot utilisé dans l’expression שלוש רגלים (shalosh regalim), les trois regalim, ne veut pas dire trois pieds, ou à la rigueur un trépied, mais les trois fêtes de pèlerinage sans doute parce que la montée de pied jusqu’à Jerusalem devait être suffisamment difficile pour marquer les esprits.
Mais est ce bien sûr? Car la racine רגל veut aussi dire aussi habituel, régulier…et donc les שלוש רגלים (shalosh regalim) deviennent alors les trois fêtes « régulières », ou alors la signification est double: on monte régulièrement à pied à Jerusalem
Le mot pied a donné un double sens à l’expression »sur un pied », על רגל אחת (al reguel a’hat). Le premier, c’est être en attente, être incertain, hésitant sur la conduite à tenir, le deuxième c’est faire quelque chose avec désinvolture, en s’en moquant.!

A ce sujet on raconte que Hillel Hazaken* était réputé pour son bon caractère. Il avait pour principe de ne jamais se fâcher. Un jour, un païen qui avait décidé de lui casser les pieds, vint le voir et lui dit: « Hillel, si tu peux m’enseigner la Thora pendant que je me tiens sur un pied, je me convertis au judaïsme! »
Hillel sourit et répondit: « Vas-y et maintenant écoute bien: Ce que tu détestes qu’on te fasse, ne le fais pas à ton prochain, c’est toute la Thora résumée sur un pied, pour le reste, va et apprends…« 

hillel et le paien
On ne dit pas si le païen suivit son conseil…

Enfin, la même racine רגל vous fait entrer dans le monde de l’espionnage, רגול (rigoul). Vous devenez un bon espion si vous savez, entre autres, marcher sur la pointe des pieds…
panthere rose

Les racines sont joueuses? Et la Kabbalah donc!…
La Kabbalah nous enseigne que si on permute les deux premières lettres de la racine רגל  on obtient le mot גורל (goral) le destin! Tout ça pour nous dire que le si on ne veut pas être soumis au destin, on doit secouer nos habitudes.
Le גורל  est aussi le tirage au sort du bouc émissaire qui avait lieu à Kippour* pendant l’époque biblique. Ce bouc était envoyé dans le désert,  ל-עזאזל (La-azazel), chargé de nos fautes.
De nos jours,  envoyer quelqu’un ל-עזאזל (La-azazel), c’est l’envoyer « au diable »…

har hazazel(le mont Azazel dans le desert de Yehuda)

Maintenant que vous êtes imbattables sur la racine du mot pied, nous reprendrons d’ici peu, nos promenades le long des murailles que la guerre avait interrompues!

A bientôt,

*Tsimer: chambre d’hôte, le mot chambre en yiddish et allemand est passé en hébreu pour devenir chambre d’hôte: Pendant la fête de Soukot, les Tsimerim sont pleins à craquer

*’Houl: Acronyme de   חוץ לארץ (‘Houtz laaretz). Littéralement en dehors du pays, c’est a dire à l’étranger

*les piyutim:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/09/11/les-selihot/
http://www.piyut.org.il/english/

*La Marche des Nations:
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/01/une-souka-des-soukot/

*Ma’hane Yehuda ou le camp de Yehuda: le plus grand marché de Jerusalem. Et c’est bien plus que cela!

*Hillel Hazaken: un des grands de la Mishna qui vivait à Jerusalem sous le règne du roi Herode et de l’empereur Auguste.

*Dans le Lévitique (16, 8)

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9 réflexions sur “On marche au pas, enfin presque!

  1. Merci Hanna…je me suis permise de partager cet enseignement sur FaceBook. J’ignore si les païens suivront ces conseils mais on ne sait jamais.

  2. Hannah, suite à votre article, deux questions me sont venues :
    Comment rendre compte de l’influence linguistique de l’hébreu dans la langue française (et dans les principales langues européennes) ? Par exemple, tohu-bohu ? On ne cesse d’évoquer le grec et le latin, mais l’hébreu ? Existe-t-il un dictionnaire étymologique à ce sujet ?
    Par ailleurs, existe-t-il un grand livre qui, d’une manière illustrative (genre arbre généalogique), rende compte de la structure efflorescente de l’hébreu — une racine et ses dérivés ?

  3. Cher Olivier,
    J’ai toujours été très perplexe quant à l’influence de l’hébreu sur les langues européennes sauf en ce qui concerne quelques termes tirés de la Bible et dont le sens a été transformé négativement comme tohu-bohu, sabbat, cabbale ou capharnaüm. Un de mes amis, Joseph Cohen, qui était un hébraïsant érudit (et lauréat du prix Zalman Shazar pour l’Education) pensait que nous avons été toujours beaucoup trop minoritaires pour qu’il en soit autrement.
    L’argot anglo-saxon, surtout américain, comporte quelques mots yiddish dont certains viennent de l’hébreu comme meshuge (meshuga en hébreu), fou, Mazal Tov pour bravo mais aussi d’autres mots yiddish qui viennent du russe comme sheigetz un voyou…Cela dit, j’ai trouvé cet article http://www.babel-langues.com/pdf/56.pdf qui peut vous intéresser. J’ai pourtant lu Claude Hagege mais je ne souvenais pas qu’il avait écrit  » les communautés juives ont truffé d’emprunts hébraïques les langues des pays où elles ont été reçues » .Cela a dû m’échapper.
    Les exemples donnés par l’auteur de cet article ne me semblent pas vraiment pertinents même si l’idée est séduisante. En fait Bruno Dray est l’auteur d’un livre sur le sujet:http://www.upjf.org/fr/6851-les-racines-bibliques-des-langues-occidentales-par-bruno-dray.html

    Je ne connais pas de dictionnaire étymologique particulier sur ce sujet. Le seul que je connaisse rend compte des racines araméennes, persanes ou grecques entrées dans l’hébreu.
    Peut-être pourriez-vous demander à Serge Frydman du site http://www.morim.com/. Il pourra éventuellement répondre aussi à votre question sur un livre qui rende compte de la structure efflorescente des racines hébraïques.
    Amicalement

  4. Frydman nous offre trois mots hébreux par semaine et son site nous donne pour 10€ une foule de références grammaticales et syntaxiques.
    Et pour les conjugaisons, le formidable outil d’Eli Korchia :
    http://www.hebreu.mobi/
    Son livre  » la Conjugaison en Hébreu  » est maintenant disponible (Ed. Ophrys).

  5. C’est vrai (et je n’y avais pas pensé), les mots hébreux entrés dans nos langues européennes ont volontiers pris une tournure péjorative. La marque de l’hébreu est tout de même sensible dans les prénoms, et les plus courants, comme « Jacques » dérivé de « Jacob », etc.

    L’hébreu s’est métissé de toutes les langues où les communautés juives ont séjourné : du judéo-persan, au yiddish bien sûr, en passant par le ladino que j’aime beaucoup lire et écouter et qui me permet de converser avec les hispanophones d’Israël.

    J’ai lu, il y a longtemps, un très étrange texte (qui d’un point de vue scientifique n’a probablement pas grande valeur), « Les Origines de la nation lituanienne » d’Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz où l’auteur trace des liens étymologiques entre le lituanien, le basque et l’hébreu.

    Hannah et Kravi, merci pour les liens et références, je vais les explorer et commencer à savourer plus sérieusement les mots hébreux.

    PS. J’attends avec impatience le facteur : j’ai enfin trouvé et commandé « Le yiddish. Histoire d’une langue errante » de Jean Baumgarten (chez Albin Michel).

    • Baumgarten, c’est du sérieux! Je viens de me souvenir d’un livre qui aborde les racines hébraïques d’une manière agréable pour un non hébraïsant: « L’hébreu, miroir de l’être » de Irit Slomka Saguy, mais je ne sais pas s’il est encore édité
      Bonnes lectures!

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