Les Seli’hot



Les Seli’hot ont commencé dès le début du mois de Eloul. Comme je l’écrivais dans un de mes premiers articles*, le mot Eloul est interprété par les kabbalistes  comme l’acronyme d’une phrase tirée du Cantique des Cantiques:

אני לדודי ודודי לי
 » Ani ledodi  vedodi li,  je suis à mon bien aimé et mon bien aimé est à moi « 

qui, disent-ils, exprime l’amour de Dieu envers Israël. Ils l’appellent le mois bien-aimé, parce qu’étant le dernier mois de l’année avant Rosh Hashana, c’est un mois qui invite à l’introspection et à la repentance.

ELUL

Qui dit introspection dit selihot, סליחות. Seli’ha (seli’hot au singulier), סליחה, veut dire pardon.  Dans la Thora, le mot seli’ha est employé pour le pardon des péchés, alors que de nos jours, il signifie « excuse-moi » dans le langage courant.
Ce mot est mentionné de nombreuses fois dans la Thora. Les linguistes lui ont trouvé une origine akkadienne. En Akkadien le mot salahou veut dire veut dire arroser, asperger. En hébreu, le verbe asperger se dit זלח zala’h. Le son s de l’akkadien est devenu z en hébreu et reste s pour le verbe סלח, sala’h, pardonner. Quel rapport entre pardon et aspersion? L’eau, symbole universel de pureté. L’aspersion d’eau était souvent utilisée dans les rites de purification.

Les Seli’hot que l’on va chanter pendant plus d’un mois jusqu’au Yom Kipour, sont des prières rappelant la petitesse de l’homme et implorant la clémence divine. Elles sont inspirées des Tehilim ou Psaumes et ont été composées au cours des siècles, principalement au Moyen-Age.

En voici quelques unes:

Avec ce poème anonyme du début de Moyen-Age « Homme, pourquoi es-tu endormi? » בן אדם למה לך נרדם commencent vraiment les Seli’hot:

« Homme pourquoi dors-tu?
Égrène les supplications
répands tes paroles
demande pardon au Seigneur des Seigneurs
Lave-toi, purifie-toi, ne tarde pas…
A toi, ô Dieu, la justice et pour nous un visage honteux ».


(selon le rite des Juifs du Maroc, interprété par Lior Elmaliah)

Dans cet autre poème « Les portes de la bienveillance« , שערי רצון, Gaï Zo Aretz raconte avec émotion les tourments d’Avraham devant sacrifier son fils Ytshak selon la tradition des Juifs de Tripolitaine en Lybie. Le refrain martèle sans cesse: Le ligoteur, le ligoté et l’autel העוקד הנעקד והמזבח.


Le mot Seli’ha, pardon, a un synonyme Me’hila, racine מחל, qui ne se trouve pas dans la Thora mais apparaît seulement à l’époque talmudique avec le sens de remettre une dette. Il n’est pratiquement pas employé de nos jours sauf dans le langage religieux.

On trouve les deux, Seli’ha et Me’hila, dans cette prière de Seli’hot, אבינו מלכנו, Avinou  Malkenou, que vous pouvez entendre dans cette interprétation de Barbara Streisand sur une mélodie hassidique.

אבינו מלכנו אתה אין לנו מלך אלה אתה
אבינו מלכנו רחם עלינו
« Notre Père, notre Roi, tu es notre Père, O notre Père notre Roi, nous n’avons que toi. O notre Père notre Roi, aie pitié de nous, exauce nous car nous n’avons pas de bonnes actions. Accomplis en notre faveur justice et bienfait, en faveur de ton grand nom et délivre nous »

Mais peut-être le plus célèbre des poèmes de Seli’hot est  Adon Haseli’hot, le Maître du Pardon, ici chanté par Esther Rada. Elle rappelle le souvenir de son grand-père qui le chantait habillé tout de blanc. Il l’avait appris par cœur de la bouche de son père qui lui même le tenait de son grand-père, de génération en génération,  sans connaitre le texte écrit car les Juifs d’Ethiopie étaient souvent trop pauvres pour posséder des livres de prières.

אדון הסליחות
בוחן לבבות
גולה עמוקות
דובר צדקות
« Maître du Pardon, examine nos cœurs, toi qui révèle les profondeurs, toi qui parle avec justice

et le refrain:
Nous avons péché contre toi, prends pitié de nous!
חטאנו לפניךרחם עלינו

Mais ne pensez pas que ces moments soient tristes, ils sont parfois solennels mais donnent aussi lieu à des démonstrations de joie, surtout ici en Israel. Du premier Eloul à Yom Kippour, les concerts, ballades musicales sont foison, en particulier à Jerusalem ou à Tsfat. Les gens chantent, parfois dansent, persuadés que toutes les portes du ciel s’ouvriront encore cette année. C’est ça l’optimisme juif*.

« Nous avons péché, Prends pitié de nous, Adon haseli’hot »…: des groupes sont arrivés de Beer Sheva et d’Ashkelon pour ecouter des histoires, chanter et danser sur les paroles du « Kotel oriental  » heureux de participer à cet happening, et entendre le son du shofar.

Dans la vidéo suivante, les promeneurs entonnent des chansons populaires comme « Le prince Montefiore« * devant le moulin, puis Avinou Malkenou, une vieille chanson en judeo espagnol, et encore Adon Haseli’hot au Tombeau de David…

A bientôt,

*
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/08/30/le-mois-de-eloul-2/

*le sacrifice d’Isaac s’appelle en hébreu la ligature d’Isaac, עקדת יצחק, car Ytshak n’a pas été sacrifié, seulement attaché

*L’optimisme juif: On raconte que malgré la punition du déluge, l’humanité avait recommencé à se conduire si mal que Dieu décida que c’en était trop. Il allait noyer le genre humain dans un nouveau déluge et cette fois, pas de Noah, pas d’arche, pas de pardon! Il allait noyer  toute cette humanité scélérate sous 5 mètres d’eau, pas moins!
Il décida d’en informer les représentants des différentes nations et leur répéta: Cette fois pas de pardon!
Tous partirent en pleurant sauf un Juif qui restait là à grommeler
Eh toi, lui dit Dieu, ne pense pas que je vais faire une exception pour les Juifs, pas de pardon!
Je sais bien, répondit le Juif, mais quand même tu exagères! Quelle vie de chien ça va être sous 5 mètres d’eau
Dieu considéra ce peuple qui ne renonce jamais et décida de donner une autre chance à l’humanité.
Et c’est ainsi qu’on a reçu la Thora!

*
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/11/05/les-moulins-de-montefiore/

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4 réflexions sur “Les Seli’hot

  1. Une magnifique mosaïque composée des différentes expressions de notre tradition, Israel ne fait plus à présent qu’un seul et même corps. Hannah ,connais-tu la nouvelle de Stéphane Zweig intitulée : » la troisième colombe » qui commence ainsi: « Le Livre du commencement des temps raconte l’histoire de la première colombe et celle de la deuxième que le patriarche Noé envoya comme messagères hors de l’arche lorsque les écluses du ciel se fermèrent et que les eaux des profondeurs tarirent…. »

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