Des feux de joie, des arcs et des flèches

Que s’est-il donc passé pour que le 33 ème jour de l’Omer*  devienne un jour de liesse populaire?

Les origines du ל »ג בעומר (Lag BaOmer) sont obscures. Vous pourrez trouver toutes sortes d’explications qui conforteront telle ou telle tendance du judaïsme.
La plus couramment donnée est celle de la fin d’une épidémie de peste qui sévissait dans les rangs des disciples de Rabbi Akiva. Comme nous cherchons toujours une explication morale à nos problèmes, certains ont dit qu’ils ne savaient pas retenir leur mauvaise langue, d’autres que leur position face au pouvoir romain en place était  divisée et que leurs querelles s’entendaient ans tout l’empire romain…

Nous sommes dans la première moitié du deuxième siècle de l’ère chrétienne. Les habitants juifs de ce pays sont effectivement divisés: les uns pensent à une révolte qui bouterait Rome hors du pays, d’autres, regardant les dégâts déjà accomplis par les Romains, se disent qu’il vaut mieux composer et courber la tête devant un empire aussi puissant, sans doute le plus puissant au monde à ce moment-là. Bref, c’est toujours la même question: se battre ou composer avec l’ennemi?

Rabbi Akiva est de ceux qui prônent le combat. Les Romains ont déjà détruit le Temple et le peuple a suffisamment souffert, il faut arrêter la machine de guerre romaine.

arc de triomphe de titus a Rome

Son champion s’appelle Shimon Bar Kokhba. On sait peu de chose sur lui. Il est mentionné dans le Talmud et le Midrash mais qui est-il en réalité? Son nom lui-même n’est pas toujours écrit de la même manière. Pour ses partisans, il est Bar Kokhba*, le fils de l’étoile et pour ses adversaires Bar Kosiba, le fils du mensonge. Tous s’accordent sur le fait qu’il s’appelle Shimon, de la dynastie de David et habite en Judée. Des chercheurs ont trouvé dernièrement le site d’un village juif nommé Koseva. Etait-il originaire de l’endroit, aurait-il changé son nom en Kokhba pour mieux frapper les esprits?
Voici une vidéo sur un village mieux conservé que Koseva, datant de la même époque et se trouvant aussi en Judée:

 

Bar Kokhba est un héros guerrier, on dit qu’il peut dompter un lion. Ses soldats racontent que pour être accepté dans son armée, il faut pouvoir déraciner un cèdre de ses mains. Exagération orientale ou s’agit-il peut-être de tout petits cèdres?

Comme dans toutes les armées, le budget est difficile à boucler. Dans les années 50, on a retrouvé certaines de ces lettres dans le désert de Yehouda dans lesquelles Bar Kokhba se plaint des difficultés d’approvisionnement en nourriture pour tous ses soldats.

bar-kokhva.jpg lettres

Quoi qu’il en soit, c’est certainement un homme doté d’un grand charisme car il réussit à fédérer autour de lui une armée suffisamment forte de 100 000 soldats pour tenir tête aux Romains pendant au moins trois ans, régner sur toute la Judée et la région de Beit Guvrin, en bas de Emek Haela* avec le titre de Nassi et battre monnaie…

Bar Kokhba pieces (ynet)

Alors pourquoi fut-il battu? Il est sûr que le rouleau compresseur de l’armée romaine ne pouvait être détruit aussi facilement mais nos Sages avancent là encore une raison morale: Bar Kokhba était devenu arrogant. Sentant le gout de la victoire et adoubé par le célèbre Rabbi Akiva comme le Mashia’h, il se pensait invincible. En hébreu, les arrogants sont ceux qui proclament:

כֹּחִי וְעֹצֶם יָדִי, עָשָׂה לִי אֶת-הַחַיִל הַזֶּה
« C’est ma propre force, c’est le pouvoir de mon bras, qui m’a valu cette richesse. »(Deuteronome 8,17)

La dernière bataille des troupes de Bar Kokhba, qui scella leur défaite, eut lieu dans la ville fortifiée de Beitar et fut due à un malentendu.
Le Talmud raconte qu’ « à Beitar, on avait l’habitude de planter un cèdre à la naissance d’un garçon et un pin à la naissance d’une fille. Lorsqu’ils se mariaient, on coupait les branches de ces deux arbres pour leur dais nuptial. Un jour que la fille de César se promenait dans la région, les montants de sa litière se cassèrent. Ses serviteurs partirent dans la forêt de Beitar pour couper les branches d’un cèdre. Les Juifs de Beitar les poursuivirent et les attaquèrent. Il fut dit alors à César que les Juifs de Beitar se rebellaient. Les Romains marchèrent sur la ville, tuèrent toute la population jusqu’à ce que le sang coule en Méditerranéen (à 40km). On raconte que pendant 7 ans, les païens qui avaient prix possession des vignes des Juifs de Beitar cultivèrent la terre sans effort grâce au sang de ses habitants ».

La ville de Beitar tomba en 135, le 9 du mois de Av, jour funeste, anniversaire de la fin du Premier et du Second Temple.
Ce fut la fin de la dernière des grandes révoltes juives contre les Romains même si sporadiquement, Les Juifs continuèrent à se soulever jusqu’au 5 ème siècle*.

Mais Lag Baomer et le 9 Av sont deux dates différentes. Au 33ème jour de l’Omer, Beitar n’est pas encore tombée et Rabbi Akiva n’a pas été encore torturé et mis à mort par les Romains. On se réjouit de la fin de cette épidémie de peste (ou de mauvaise langue)  et on s’entraine au tir à l’arc comme Bar Kokhba dont on a oublié l’arrogance et qui reste un héros populaire.

lag baomer petah tikva

(Carte postale de la fin du 19ème siècle qui illustre la fête de Lag Baomer à Petah Tikva mais qui est curieusement destinée à la fête de Rosh Hashana! site tapuz.co.il)

איש היה בישראל,
בר כוכבא שמו.
איש צעיר גבה קומה,
עיני זוהר לו.
הוא היה גיבור,
הוא קרא לדרור,
כל העם אהב אותו,
הוא היה גיבור!
גיבור!

Il y eut un homme en Israel, nommé Bar Kokhba, un homme jeune de haute taille et aux yeux brillants. Ce fut un héros, il appelait à la liberté, le peuple l’aimait, ce fut un héros, un héros!

On allume aussi des feux de joie! On en profite aussi pour y faire cuire des pommes de terres et rôtir des marshmallows.

Lag baomer  medura(site.google.com)

Pour certains, ils rappellent les feux qui servaient de signaux pour les soldats. Pour d’autres, ils commémorent ainsi la mort de Shimon Bar Yohai, grand pourfendeur de Rome qui avait du se cacher dans une grotte en Galilée pour sauver sa vie. Les feux sont là pour rappeler la révélation de la lumière divine à celui qui fut aussi un des grands kabbalistes de son époque.
Chaque année, il y a foule autour de son tombeau au Mont Meron en Galilée.

mont meiron

(le mont Meron en Galilee, site mako.co.il)
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A bientôt,
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*Le Omer: le עומר (Omer)  était la mesure d’orge que les Juifs apportaient au Temple lors de la fête de Pessah. De nos jours, on comprend le mot Omer comme la période de 7 semaines entre Pessah et Shavouot. Il est d’usage de compter à haute voix chaque jour du Omer. Le mot Lag est forme des lettres לet ג (lamed et guimel)qui ont comme valeur numérique 30 et 3,  formant le mot 33: ל »ג (Lag). Lag Baomer signifie donc le 33 ème jour du Omer.
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*    Emek Haela ou la vallée du térébinthe:
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