Le Sud en rouge

En cette fin d’hiver, le pays refleurit: anémones, narcisses, cyclamens, coquelicots… La steppe du Nord Néguev, que vous avez traversée sèche et poussiéreuse pendant vos vacances d’été, devient multicolore pour quelques semaines.
Ce sont surtout les coquelicots qui ont la vedette. coquelicots Neguev

(site cafe.themarker.com/)

Les habitants des kibboutzim du Sud organisent ce qu’ils appellent le Sud Rouge ou Darom Adom (דרום אדום): des weekend  où de nombreux israéliens viennent pour des ballades à pied, à bicyclette,coquelicots Neguev Foret Beeri Cyclistes

(vers le kibboutz Beeri, site masaisraely.allmag.co.il/)

 ou plus sportives.coquelicots Neguev 2

(site fly-up.co.il/)

On entend à la radio le vieux tube des années 40 « Les coquelicots » chanté par Shoshana Damari*

Dommage qu’il n’y ait pas les grésillements d’un vieux gramophone!

Comme le disent les habitants du Néguev, le rouge de Darom Adom  les change agréablement de celui de Tseva Adom, la couleur rouge *!

Le mot Tseva, couleur, n’est mentionné qu’une seule fois dans le Tanakh, dans le livre des Juges (5,30): Deborah et l’armée d’Israel ont vaincu les Cananéens. Le général cananéen, Sisera, s’est enfui du champ de bataille et réfugié chez une nommée Yael qu’il croyait être une alliée. Mal lui en prend, car si Yael accepte de le cacher et de le restaurer, c’est pour mieux le tuer dès qu’il est endormi!
Deborah compose alors un poème de victoire. Avec un certain cynisme, elle imagine la mère de Sisera qui rêve au retour de son fils…

« Sans doute ils enlèvent, ils partagent le butin; une jeune fille, deux jeunes filles par guerrier; pour Sisera, les étoffes richement teintes (un butin de couleurs), la dépouille des broderies éclatantes, des broderies doubles qui brillent au cou des captives… »

On ne  trouvera nulle part ailleurs le mot couleur dans le texte du Tanakh, bien que parfois des indications très précises soient données quant à la décoration du Temple ou la fabrication du talith*!

Il en est de même dans les textes de la Guemara où pourtant là encore, les couleurs  reflètent le  kaléidoscope de nos émotions:

Quelques expressions sont parvenues jusqu’à nous:

-« Un  tallith entièrement bleu azur* »,  טלית שכולה תכלת, désigne un homme qui  prétend être parfait.

-Le noir est celui de la honte: Son visage est devenu noir comme le fond d’une marmite, השחירו פניו כשולי קדרה,  ou bien « Ce que fait un homme dans sa jeunesse noircit son visage dans sa vieillesse », דברים שאדם עושה בילדותו משחירים פניו לעת זיקנתו

-Le rouge aussi est associé à la honte: il lui a fait honte se dit  « Il a fait rougir son visage« , האדים את פניו

-Il en est de même parfois pour le blanc: « Il a fait blanchir son visage« , הלבין את פניו, et enfin «  Celui qui fait blanchir le visage de son ami en public est semblable à celui qui répand le sang!« , כל המלבין פני חברו כאילו שופך דמים

Il arrive cependant que le blanc soit employé dans un sens positif: « Blanchir les dents de son ami est mieux que lui servir du lait! », טוב המלבין שיני חברו יותר ממשקהו חלב.

-Le vert est associé à la colère: « Il a fait verdir son visage« , הוא הוריק את פניו.

Si le mot couleur ne se trouve qu’une seule fois dans le Tanakh, la racine צבע (c0lorer) sera employée par le prophète Jérémie, très en colère contre Israel. Il nous traitera de עיט צבוע, « rapace teint ou hypocrite ». En hébreu, l’hypocrite est celui qui « teint » ses pensées.

En cette fin d’hiver,

« Les collines se couvrent d’un turban de bourgeons
La plaine d’une tunique d’herbe et de fleurs.
Nous parviennent les parfums enfouis par l’hiver.
Apporte un verre pour chanter mon bonheur*… »

A bientôt,

*Shoshana Damari (1923-2006), surnommée la « Reine de la chanson israélienne », célèbre pour sa voix ample et très grave.

* Tseva Adom:  couleur rouge, nom de code donné aux sirènes en cas d’attaque de missiles.
https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/10/24/jusqua-quand/

*Le talith:   https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2014/02/07/rencontre-avec-un-karaite/

*Entièrement bleu: Seul un fil des franges du Talith, les tsitsit, doit être bleu

*Jeremie 12,9: L’expression est traduite par « vautour aux serres puissantes » sans doute pour mieux convenir à la langue française mais elle perd ainsi sa puissance d’évocation

*Moshe Ibn Ezra poète andalou du 11 ème siècle

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2 réflexions sur “Le Sud en rouge

  1. Le Néguev ! Entre la verte Galilée et l’ocre Néguev, mon coeur balance. « Coquelicot » est un beau mot ; j’aime aussi le « coquelicot  » espagnol : « AMAPOLA ». Toda raba pour ce texte.

    • Cher Olivier, En ce moment, nous subissons une tempête de sable qui nous vient d’Afrique. Jerusalem est remplie d’une poussière jaune et dans le Neguev le ciel est aussi ocre que la terre. Ce sera sans doute fini dimanche, heureusement!
      Amicalement
      Hanna

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