Hanita, l’étape

Tout au nord du pays, non loin de la côte méditerranéenne se trouve le kibboutz Hanita. Les falaises et les grottes  de Rosh Hanikra que tout le monde visite ne sont pas très loin:

Rosh Hanikra falaises

mais pour arriver à Hanita, il faut prendre la petite route frontalière avec le Liban et grimper sur les collines.

kibbutz Hanita paysage (tanya-n.com)(site Tanya-n.com)

En 1936, la situation des Juifs du Yishouv est catastrophique.
Les Arabes ont lance la Grande Révolte contre les Anglais mais leurs cibles préférées, parce que bien plus faciles, sont les civils juifs. Les villages et kibbutzim sont attaqués tous les jours et les routes souvent coupées. Le Yishouv décide donc de fortifier les kibbutzim déjà existants et d’en construire de nouveaux, aux endroits les plus exposés qui seront des postes de défense avancée. C’est ainsi que débute l’opération  חומה ומגדל (Homa Oumigdal) ou Tour et Palissade en français. Il s’agit de construire en une nuit, une palissade en bois agrémentée d’une tour de guet derrière lesquelles les habitants du nouveau village pourront s’abriter et s’organiser.
A Hanita tout commence à la fin du mois de mars 1938 avec l’arrivée de 50 camions et de plusieurs centaines de volontaires qui viennent pour sécuriser le terrain, percer des voies d’accès et construire des fortifications. Des la première nuit,  le fortin est attaqué et on dénombre une dizaine de morts. Il le sera encore les nuits suivantes mais le groupe résiste et parvient à battre les assaillants arabes.

kibbutz Hanita les debuts 2

Les débuts du kibboutz sont difficiles à cause d’un manque d’eau permanent et des terres de mauvaise qualité. Il faudra aux kibboutznikim 10 ans d’entêtement et de travail pour  obtenir les premiers résultats. Maintenant le kibbutz vit largement de l’agriculture,  de ses usines* et des tsimerim. Comme dans tous les kibboutz, les petites maisons sont noyées dans les arbres et les fleurs:

kibbutz Hanita maison

Dans le musée du kibboutz, appelé aussi la Maison en Pierre,

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une  première salle retrace l’histoire du yishouv dans les années 30 et de la construction des kibbutzim pendant l’opération Tour et Palissade. La deuxième renferme des trouvailles archéologiques, en particulier des pièces du Deuxième Temple et  de très belles mosaïques  qui constituèrent le sol d’une église byzantine du 6 ème siècle:

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(mosaïque sanglier et cyprès)

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(mosaïque géométrique)

Mais ce kibboutz a une autre particularité: il y a environ 30 ans, trois artistes d’origine françaises ont fondé un atelier de peinture sur bois. Elles l’ont nommé Touche à Tout (טוש אטו) *. Elles y restaurent et peignent des objets et des meubles.

kibbutz hanita peinture sur bois

Le nom du kibbutz, Hanita, est un mot d’origine araméenne. Il vient de la racine Hanna, חנה, qui veut dire s’arrêter, faire halte (de nos jours: se garer) mais qui signifie aussi gracieux. On pense que lors les longs voyages à travers des paysages arides et secs du Moyen-Orient, les haltes représentaient pour les caravanes non seulement le repos mais aussi la grâce de la fraîcheur, de la verdure et du clapotis de l’eau.

Le nom de Hanita est mentionné dans différents textes talmudiques et sur *l’inscription de la synagogue de  Rehov*, la plus longue inscription sur mosaïque trouvée en Israel et qui est le plus ancien extrait connu du Talmud de Jerusalem,

synagogue de Rehov mosaique

.

Quand on redescend vers la mer, on arrive à la petite ville de Shlomi.

Shlomi

La plupart des gens ne s’arrêtent pas à Shlomi.
Il y a pourtant deux bonnes raisons de le faire. Tout d’abord un excellent restaurant libanais, tenu par un ancien de l’ALS, réfugié en Israel* mais aussi la maison de Ofra Zekharia.
Ofra Zekharia ne pensait pas un jour devenir célèbre. Simplement, comme son appartement lui semblait bien terne, elle le repeignait peu à peu en puisant dans son folklore juif yéménite.

Shlomi la maison yemenite 1

Finalement, elle a peint ainsi les trois pièces de l’appartement, sauf le plafond de la dernière car elle était tombée de la table ou elle se tenait! Sans rien prétendre, simplement pour égayer sa vie. La maison est devenue maintenant un petit musée:

shlomi la maison yemenite 2

Une autre Ofra, beaucoup plus célèbre, fut le chantre de la culture juive yéménite en Israel. Sur la pochette de la video ci-dessous, Ofra Haza porte le costume des Juifs yéménites. Elle chante אם ננעלו שארי נדיבים (im nin’alou shaare nedivim), poème écrit au 17 ème siècle par Shalom Shabazi*. Elle chante en judéo-yéménite, langue juive presque disparue actuellement.

« Si les portes des gens généreux sont fermées
Celles du ciel ne le sont jamais »

A bientôt,

*la synagogue de Rehov se trouve à quelques kilometres de la ville de Beit Shean

*ALS, Armée du Liban Sud, fondée en 1976 par des chrétiens, des chiites et des Druzes qui n’acceptaient plus les factions armées  palestiniennes qui contrôlaient le Sud du pays. Leur objectif était de protéger les civils des exactions de l’OLP de Yasser Arafat. Apres le retrait de l’armée israélienne du Liban en 2000, un certain nombre de ses membres trouva refuge en Israel. Je ne connais pas l’adresse du restaurant, mais demandez à la station d’essence en arrivant, c’est le seul restaurant de Shlomi.

*Les entreprises du kibboutz Hanita:
http://www.vim-technologies.com/
http://www.hanitacoatings.com/

http://www.hanitalenses.com/

*L’atelier de peinture sur bois:
http://www.touche-a-tout.co.il/

*Shalom Shabazi: considéré comme le plus grand poète juif du Yémen. Il vécut au 17 ème siècle. On lui connait 550 poèmes, écrits en hébreu, en araméen et en judéo-yéménite. L’institut Ben Zvi à Jerusalem a également publié son traité  d’astrologie et son commentaire mystique sur la Thora.

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9 réflexions sur “Hanita, l’étape

  1. Merci, Hannah.
    Je persiste dans mon souhait de vous voir regrouper toutes ces chroniques géo-historico-touristiques en un seul volume — ou un seul chapitre en ligne — pour l’édification des visiteurs curieux souhaitant sortir des sentiers battus.

    • Je pense qu’on peut les retrouver dans la catégorie ‘balades ». Cela dit, il est vrai qu’on ne trouve en français que des guides standard. Si vous êtes intéressé par des balades en dehors des sentiers battus, dites-le moi, j’essayerai de vous trouver quelques idées intéressantes.
      Amicalement et shabbat shalom

      • Merci, je n’avais pas remarqué cette entrée. Puisque vous avez la gentillesse de le proposer, je vous ferai signe cashé etnadev.

  2. Quel joli parcours, avec en plus le charme de la voix de Ofra Haza, disparue si jeune , quel dommage !.
    Hanita ,Hannah , il y a également un nom de famille Hania son origine est -elle hébraïque ou crétoise comme certains le prétendent puisque c’est le nom de la Canée qui s’écrit également Hania ,dont toute la population juive a été déportée et détruite pendant la dernière guerre, et dont la synagogue est devenue une remise à foin.

    • Ici, les gens font souvent preuve d’une grande créativité. Je viens de voir un reportage sur un homme qui peint des scènes pastorales sur les armoires électriques que l’on trouve dans les rues. Magnifique. J’irai voir de plus prés dans quelque temps. Pour cette semaine, on attend la neige! Amitiés.

  3. Il est chouette cet article, et le genre «balade» est un superbe genre. Kravi a raison, vous pourriez travailler à un guide d’Israël à partir de tous ces articles. Mais je suis sûr que vous y avez pensé. Concernant Chania en Crète, je ne vois aucun rapport avec le nom Hania, τα Χανιά en grec avec le X qui se prononce comme la jota espagnole. Ce nom semblerait être d’origine arabe, la Crète ayant été sous domination arabe de la première moitié du IXe siècle à la deuxième moitié du Xe siècle. Concernant la déportation des Juifs de Grèce, je viens précisément de mettre en ligne un article synthétique sur cette question : http://zakhor-online.com/
    Shabbat Shalom. Un salut à Elie Mel.

  4. Merci Olivier pour vos explications j’ai posé cette question car très souvent j’ai vu sur la carte ce nom orthographié avec « H »; j’ai lu vos articles,et cette synagogue incendiée par des barbares dont la haine aveugle ne prend même pas conscience qu’ils détruisent le patrimoine historique de leur pays m’ a reportée à celle où mon arrière grand-père maternel a officié en tant que grand rabbin à Tripoli en Libye jusqu’en 1928. ce bel édifice « dar Bichi » dont la façade et l’intérieur ont été tristement saccagé et pillés, les médias en ont parlé lorsque David Gerbi est revenu sur les lieux de son enfance,avec le rêve fou de le restaurer…Rêve qui a failli lui coûter la vie.

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