Tisha BeAv

Nous nous trouvons à nouveau dans le mois de Av et ce soir, le 9 du mois, nous allons pleurer sur la destruction de Jerusalem et de son Temple par les Babyloniens et par les Romains.

tisha beav(photo trouvée sur l’excellent blog http://onegshabbat.blogspot.co.il/)

Les radios programment des élégies sur Sion et Jérusalem, les émissions de télé accordent un peu de temps au souvenir. Ce n’est pas de la brutalité romaine dont nous nous souvenons, d’ailleurs ils ne sont plus ce qu’ils étaient,  les Romains!

tisha beav a Rome

(photo trouvée sur le site http://simplyisrael.tumblr.com )

Non, nous nous souvenons de Jerusalem et de sa splendeur passée. Et si nous sommes aussi nostalgiques c’est qu’entre Jerusalem et nous existe un lien indestructible et cela parce que c’est elle et parce que c’est nous…

tishabeav 2(http://onegshabbat.blogspot.co.il/)

Cet amour pour cette ville et pour le pays d’Israël n’a jamais quitté aucun Juif pendant des siècles. Arrivant à Jérusalem à la fin du 19ème siècle, deux voyageurs juifs, David Halevy Castillano et Salomon Bengio sont saisis d’émotion:
Elle était partout: à leurs pieds, dans leurs yeux, sous leurs doigts et surtout dans leur cœur. La belle, toute en pierre, fermée sur elle-même, blessée tant de fois qu’elle ne voulait plus qu’on l’admire. Ils la parcouraient en tous sens en l’aimant leur Jérusalem, et lui en rappelant qu’ils l’aimaient.
Qui pourrait t’oublier Jérusalem ? Qui pourrait vivre sans ton amour ? Les deux amis se congratulaient, priaient, chantaient et marchaient sans cesse, gourmands de découvrir la Ville, leur Ville, et de la retrouver dans le dédale des rues ocrées, rayées d’ombre par les bougainvilliers triomphants, surprenante d’odeurs fortes et de puanteur…Une vieille fait cuire son  repas sur un kanoun dans sa cour: on ne sait où commence sa maison, murs de roc, murailles écroulées, la maison en pierre s’enfonce dans l’ombre. Derrière ses fenêtres grillagées, un déploiement de prières obscures…

ecole jerusalem 1890

 Tout à coup la ville s’arrête au milieu des vallons pour reprendre plus loin, vers les monts roses du désert de Juda, emmêlés comme des hanches et des seins à l’infini.

midbaryehuda

L’espace est muet, la chaleur frémissante. Seule verdissent dans une vallée de pierres sèches des figuiers sauvages et épineux…
Les deux vieux la contemplaient le cœur plein.
– Sion, toute beauté, pour toi la grâce et l’amour, Les âmes de tes amants sont liées à ton âme.
En dehors des murailles un nouveau quartier à moitié terminé : quelques cubes de pierre s’étageaient sur la colline au pied du moulin.

 

diness mishkenot construction.JPG 1860

-Voici donc l’œuvre de ce noble anglais*, dit David…
Toute la journée, ils étaient restés au pied du Mur Occidental, en prières dans l’étroit boyau, coincés entre les deux murailles : celle du Temple, vénérable et aimée et l’autre, celle qui les empêchait de se mouvoir, contrefort du quartier musulman. Pour accéder à leur mémoire, il avaient dû payer et ils étaient restés là, leur tête appuyée contre le mur de la Maison Détruite. 

-Entre les ruines il y aura des chacals et des serpents, ô splendeur passée, mais l’amour est encore vivace, nous te reconstruirons, ô Jérusalem, nous te reconstruirons. »*

C’est exactement ce qu’avait pensé Rabbi Akiva, 2000 auparavant, alors qu’aucun signe de renouveau ne pouvait se faire sentir.
Dans une célèbre histoire  talmudique, on raconte qu’il montait un jour vers Jérusalem en compagnie de Rabban Gamliel, Rabbi Elazar fils d’Azaria et Rabbi Yéochoua. En arrivant dans la ville dévastée, ces derniers déchirèrent leur vêtements et se mirent à pleurer car ils avaient vu un renard sortir des ruines du Temple. Tous, sauf Rabbi Akiva qui se mit à rire…
– Qu’as-tu à rire, Akiva ?
– Et vous, qu’avez-vous à pleurer ?
Les autres étaient choqués :- Akiva! De ce lieu il était écrit «l’étranger qui s’en approchera sera puni de mort* », et voici que se réalise le texte qui dit «la montagne de Sion est ravagée, les renards s’y promènent» (Lamentations, 5; 18). N’y a-t-il pas de quoi pleurer ?
– C’est ce qui me fait rire répondit Akiva, car il est aussi écrit : «Je pris avec moi des témoins dignes de foi, le prêtre Uri et Zacharie fils de Berakhia» (Isaïe, 8; 2). Jusqu’à présent, je ne comprenais pas ce texte qui me semblait incohérent  Uri ne vivait-il pas à l’époque du premier Temple, et Zacharie à l’époque du second ? Je viens de comprendre maintenant que ce texte met en relation non pas ces deux hommes, qui n’ont pas pu se rencontrer, mais leur prophétie. La prophétie de Zacharie avec celle d’Uri! A l’époque d’Uri, il fut écrit: «c’est pourquoi, à cause de vous, Sion sera labourée comme un champ, Jérusalem deviendra un monceau de pierres et la montagne du Temple une hauteur boisée*» (Michée, 3; 12). Et  Zacharie lui-même a dit «des vieillards et des femmes âgées s’assiéront encore dans les rues de Jérusalem» (Zacharie, 8; 4)…
Tant que la prophétie d’Uri ne s’était pas réalisée, je craignais que celle de Zacharie ne se réalise pas non plus. A présent que la première s’est réalisée, je suis sûr que la seconde se réalisera…
Les compagnons de rabbi Akiva s’exclamèrent :
– Tu nous as consolés, Akiva, tu nous as consolés !

Les rues de la ville ont retrouvé leur animation:

kids bukhari(enfants du quartier boukhari a la fin du 19ème siècle: http://www.israeldailypicture.com/)

  Et maintenant, un jour d’été…

enfants de jerusalem

Et la prophétie de Jérémie est devenue un classique à tous les mariages: On entendra à nouveau dans les villes de Juda et dans les cours de Jerusalem, les voix de la gaité et de la joie, les voix du fiancé et de la fiancée.

עוד ישמע בערי יהודה
ובחוצות ירושלים
קול ששון וקול שמחה

Mais comme nous avons une longue mémoire et pour ne pas oublier ce par quoi nous sommes passés, nous prenons une journée pour nous souvenir des mauvais jours et de tous nos ancêtres qui n’ont pas eu notre chance de rentrer à la maison.

Voici deux paytaniot* assez connues, qui expriment leur amour pour Sion et pour Jerusalem:

Rona Keinan interprète une ancienne ballade « sur Sion et ses villes semblables à des femmes soufrant pendant l’accouchement, à une vierge ceinte d’un sac qui soupire après le fiancé de sa jeunesse, sur le palais abandonné, sur l’exil des poètes, des doux chanteurs et de leur sang versé…

Pour Etty Ankri, c’est un poème de Yehuda Halevy. Etty Ankri raconte qu’elle était au volant de sa voiture dans un bouchon et se sentait fatiguée. Elle avait alors, soudain,  regardé le paysage autour d’elle et pensé combien Yehouda Halevy* aurait aimé échanger sa place avec elle, lui qui toute sa vie avait rêvé de Jérusalem…

Paysage magnifique, joie du monde,  séjour d’un grand roi, mon âme a langui de toi depuis les confins de l’Occident…

A bientôt,

*Extrait du roman « Les fils du talith » Anne Benoualid

*Moshe Montefiore: https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/11/05/les-moulins-de-montefiore/

*paytan, paytanit: compositeur et souvent interprète de piyout, poème religieux

*Yehuda Halevy qui fut un des plus grands poètes juifs du Moyen-Age, est célèbre pour ses poèmes sur Sion et Jerusalem. Il avait toujours rêvé de venir à Jerusalem et finalement fit le voyage pour mourir devant le Kotel , transpercé par la lance d’un cavalier arabe.

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Une réflexion sur “Tisha BeAv

  1. Jérusalem a toujours habité la mémoire juive. Moshe ben Nahman, né à Girona, partit pour Israël vers 1267 ; Jérusalem l’appelait. Son amour d’Israël n’effaça pourtant pas la nostalgie de son pays natal. La nostalgie est une source inépuisable d’énergie.

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