On se souviendra de tous…

En hébreu, on utilise le mot שכול, shakoul, pour traduire le deuil des parents ayant perdu un de leurs enfants. Cette racine signifie écrasé. Il y a malheureusement de nombreuses familles dans ce cas. De même que pour Yom HaShoah  on se souvient des victimes de la Shoah, au Yom Hazikarone*, on se souvient des soldats tués au combat et des victimes du terrorisme:

ונזכור את כולם
את יפי הבלורית והתואר
כי רעות שכזאת לעולם
לא תיתן את ליבנו לשכוח
אהבה מקודשת בדם
את תשובי בינינו לפרו

« On se souviendra de tous, des beaux garçons aux cheveux bouclés, car cette amitié durera toujours. Nous ne permettrons pas à nos cœurs d’oublier un amour scellé par le sang. Tu reviendras t’épanouir parmi nous. »*

En cette veille de Yom Hazikarone, je pourrai reprendre une grande partie de ce que j’écrivais la semaine dernière, presque les mêmes mots, presque les mêmes phrases…Deux journées qui se ressemblent: sirène,  cérémonies, deuil, douleur des familles. La dernière victime des terroristes est depuis un mois dans un coma profond  à l’hôpital Hadassah. Elle  ne sait pas qu’elle est un bébé colon comme disent certains journalistes. Elle s’appelle Adèle Bitton et elle a deux ans.

Adele-Bitton

On se souvient des morts et les survivants ont besoin de notre aide.  J’ai choisi de vous montrer comment une organisation, parmi d’autres, prend soin des blessés et des familles endeuillées pour les aider à vivre. Il ne s’agit pas de soins médicaux ou de rééducation mais de chaleur humaine:

Dans la vidéo que vous venez de voir, l’un des enfants, nommé Oren Almog, raconte comment il a perdu son père, ses grands parents, son frère et son cousin dans l’attentat du restaurant Maxim à Haifa en octobre 2002. Cet  attentat l’a gravement blessé  et rendu  aveugle. Onze ans ont passé depuis et malgré son handicap, il s’est porté volontaire pour servir dans Tsahal. Il a prêté serment comme ses camarades, il y a un an en 2012.

« Je veux que mon père et mon grand-père soient fiers de moi », a-t-il affirmé. « J’aurais eu l’impression de passer à côté d’une grande expérience  si je ne m’étais pas engagé à l’armée. Je suis fier d’avoir accepté de porter cette responsabilité, et d’apporter une contribution à mon pays. »

yom hazikarone oren alomog blog tsahal

 (photo blog tsahal.fr)

Dans cette deuxième  vidéo, vous entendrez un chœur d’hommes: treize pères qui ont tous perdu un fils au front.

J’ai traduit un article paru sur Arutz 7:
« Il y a 8 ans, Moshe Har Melekh a perdu son fils Shuli. Le lendemain du Yahrzeit* de son fils, il a décidé de rejoindre le chœur des pères endeuillés.
-Je pense que mon fils me donne la force de chanter. C’était un homme heureux. Il croyait en la vie, il pensait que nous devons surmonter. Il croyait dans le pays d’Israël et dans la Thora. Je pense que ce que nous faisons aujourd’hui est exactement ce qu’il aurait voulu. »
Moshe Har Melekh explique que malgré leur terrible deuil et la perte immense ressentie par tous, leurs chants ne sont pas tristes: Nos chants sont joyeux, dit-il. Nous chantons pour l’avenir, pour nos autres enfants, pour nos petits-enfants. Chanter ensemble nous donne de l’espoir. »
Le chœur a déjà sorti un album et est sur le point d’en sortir un autre. Dans cette vidéo  ils chantent avec le Lt.Col. Shai Abramson, le hazan de l’armée:  Nous chantons avec Tsahal pour dire que nous sommes présents malgré ce qui nous est arrivé. Nous espérons que notre perte n’a pas été vaine.
Un autre membre du chœur  Moshe Keinan est lui même hazan. En souvenir de son fils Avihu, il chante la célèbre chanson de Leonard Cohen « Halleluyah », sur laquelle il a écrit ses propres paroles reflétant son deuil personnel. (Arutz 7)

On se souvient de tous.
Des cérémonies ont lieu dans tous les lieux publics y compris dans les écoles. Ne pensez pas que c’est une habitude morbide. Les enfants savent déjà ce que signifie la sirène ou des mots comme guerre, abri, terroriste, attentat,  colis suspect …
Toutes les familles ou presque sont concernées de près.  L’école ne leur apprend rien de nouveau. Les enfants parlent de leurs proches et les maîtres  leur parlent de solidarité, de dévouement, d’héroïsme.

Cette année à l’école Reshit*, on parlera de Tsvika. Il est mort de ses blessures il y a déjà 30 ans. Il est enterré au cimetière du Mont des Oliviers et sa tombe, comme bien d’autres, est régulièrement profanée par des Arabes  pour des motifs nationalistes, disent-ils.

tombe de tsvika

Pour aller voir Tsvika, il vaut mieux prendre une escorte armée.

Quand on parle de Tsvika dans la famille, on l’appelle Saba* Tsvika car il a a maintenant quatre petites-filles: Yael (8 ans), Naama (6 ans), Avigail (3 ans) à Jérusalem et Ayala (4 mois) au kibboutz Ein Zivan sur le Golan.

A bientôt,

*Yom Hazikarone: le jour du souvenir
*Refrain d’un chant de la guerre d’Indépendance: https://www.youtube.com/watch?v=tw8-CVakruA
*Jahrzeit: anniversaire de deuil (du yiddish le mot est passé en hébreu)

*Ecole Reshit: https://bokertovyerushalayim.wordpress.com/2012/09/03/shalom-kita-aleph/
*Saba: grand-père.

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5 réflexions sur “On se souviendra de tous…

  1. De nos jours, il a des gens qui pensent que cette journee est trop difficile pour les familles ayant perdu un proche, qu’en plus de l’anniversaire de leur mort, ils doivent faire face une autre journee ou le deuil devient public. Pour nous, le deuil reste relativement eloigne, donc je ne peux pas les juger ou meme donner mon avis sur leur douleur. Mais je sais une chose, un deuil national est important. Tout comme il est important de se souvenir de la Shoah, on doit aussi se souvenir des soldats qui ont donne leur vie pour notre securite. Cette journee nous amene tous ensemble, nous unifie en quelque sorte en tant que nation. Il est vrai que pour cela il y a aussi Yom Haatzamaout (le jour de l’independance) que l’on fetera demain, mais etre une nation, cela ne signifie pas seulement se sentir unifie dans la joie. Malheureusement pour nous, cela signifie egalement l’etre dans le deuil. Que leur memoire soit benie : יהיה זכרם ברוך.

    • Les familles endeuillées le sont tout au long de l’année. En cette journée, le peuple tout entier s’associe à leur douleur. Un peuple ce n’est pas seulement une somme d’individus, c’est une unité formée d’individus. D’ailleurs le mot peuple עם,am, se lit aussi bien im, avec.
      Ça peut paraître curieux aussi que ce soir, nous passerons d’un coup de la tristesse à la joie, mais, ainsi que le disait ton arrière grand-mère,c’est seulement quand on a été très malheureux qu’on peut connaitre le bonheur.

  2. Dans une série d’entretiens Alain Finkielkraut – Peter Sloterdijk (rassemblés sous le titre ‟Les battements du monde”), j’ai relevé cette extraordinaire remarque, à savoir que l’on doit aux Grecs le concept de cité ; aux Romains le concept d’Empire ; aux Juifs… l’art d’être un peuple, un art (et un concept) magnifiquement traduit par Jabotinsky. Les attaques dirigées contre les Juifs en général et Israël en particulier visent précisément à démolir ce concept de PEUPLE. Ce n’est pas un hasard. Il est impossible de vouloir démolir Israël sans commencer à s’en prendre à cette notion de PEUPLE, de PEUPLE JUIF. Les ennemis d’israël l’ont très bien compris.

    • C’est une reflexion très juste. Je viens de lire un article sur le blog //lettresdisrael.over-blog.com/, intitulé: Si je veux vivre, je dois renaître. Il s’agit de la renaissance du peuple juif bien sur. Passionnant.

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