Hanou Ka ou Hanouka?

Hier soir, nous avons allumé la première bougie de Hannouka. Les enfants sont en vacances une semaine!

Vous savez déjà tous que Hannouka, qui se fête le 25 du mois de Kislev, est une fête joyeuse. On y commémore la victoire du peuple juif, conduit par une famille de Cohanim, celle de Mattitiahou et de ses 7 fils, contre le roi Antiochus, l’un des successeurs d »Alexandre le Grand, un syrien hellénisé. Beaucoup moins intelligent qu’Alexandre qui laissait les peuples conquis vivre comme ils le désiraient (moyennant des impôts bien évidemment), cet Antiochus sera vaincu par les Juifs qu’il avait voulu helléniser de force.

A l’origine de cette révolte, il y a donc cette famille Cohen, appelée aussi famille des Macchabées (bizarre en français), Makabim en hébreu: un nom curieux*. Certains y voit le mot marteau (makaba en araméen), une allusion à leur force, d’autres un acronyme des mots « Mi Kamokha BaElim Hashem » (Qui est comme toi entre les dieux, Seigneur). Bref, La famille réussit à enrôler un bon nombre de révoltés et gagne la bataille de Jérusalem,

hanuka mered_hamaccabim(révolte des Makabim, miniature du 13eme siècle)

récupère le Temple, le nettoie des idoles et  se produit alors le miracle de l’huile.

8_helenistic_oil_candle

(lampe à huile, période hellénistique)

Comme on le raconte tous les ans aux enfants:  Alors qu’il ne restait qu’une petite fiole d’huile pure, la lampe du Temple brûla 8 jours jusqu’à ce qu’on puisse préparer de l’huile nouvelle (n’oubliez pas qu’on est en décembre et qu’on vient de terminer  la récolte des olives)

Et depuis? Depuis, nous  allumons  des bougies pendant 8 jours

judaisme hannukia synagogue italienne jerusalem

( synagogue italienne Jérusalem)

et comme nous sommes très contents d’avoir échappé à Antiochus, nous mangeons  toutes sortes de nourritures frites dans l’huile, en particulier des levivot (latkes en yiddish)* *

latkes

et des beignets, soufaganiot en hebreu.

soufganiot

On dit qu’il y a deux types de Juifs : ceux qui mangent les beignets de Hannouka en se disant que l’huile des beignets rappelle l’huile pure trouvée dans le Temple et les autres qui pensent que c’est le sucre qui nous renvoie à la joie de la fête. Pourquoi pas ?
Mais Hannouka c’est quand même  plus que cela !

Certains pensent que la fête de est appelée ainsi parce que le mot Hanouka  serait, en fait, formé de 2 mots: Hanou: ils se sont arrêtés, (la racine חנה  voulant dire stopper, s’arrêter)  et des deux lettres  Kaf He (prononcées ici KA), כ ה , formant le nombre 25. N’oubliez pas que les lettres hébraïques ont aussi une signification numérique.

Ce qui nous donne la phrase: ils se sont arrêtés le 25! Ils ont arrêtés de faire la guerre le 25 du mois de Kislev.

C’est une bonne idée, mais la Bible emploie déjà le mot de Hannouka avant la guerre avec Antiochus. Et en aucun cas il s’agit de s’arrêter  le 25 (du mois). Non, ce nom de Hanouka  vient d’une autre racine: La racine Het, noun, khaf, ח נ ,   , qui veut dire inaugurer. Dans la Thora (Deutéronome) par exemple, on lit qu’un homme qui a construit une nouvelle maison  et ne l’a pas inaugurée (ve-lo hanakho) ne part pas à la guerre (même chose s’il est marié depuis moins d’un an). On savait vivre à cette époque.

Le mot Hanouka s’emploie couramment dans la langue de tous les jours: par exemple,  Hanoukat Bait, la pendaison de la crémaillère, en reprenant l’expression utilisée il y a trois mille ans pour parler de l’inauguration du Temple par le roi Salomon.

Et la fête de Hanouka est donc  liée à la nouvelle inauguration du Temple de Jérusalem que les Grecs avaient souillé avec leurs statues et leurs offrandes païennes
Mais ce n’est pas tout!

Mais cette racine a un autre sens, elle veut dire aussi  éduquer. Le livre des Proverbes nous dit » (hanokh la-na’ar),  » éduque l’enfant d’une manière appropriée et il continuera à se conduire comme il faut quand il sera vieux. »

Non seulement, il fallait nettoyer le Temple mais aussi rééduquer les Juifs qui, pour un certain nombre, avaient bien aimé la culture grecque et ses plaisirs et qui ne se scandalisaient pas beaucoup des cultes païens!

Eliezer Ben Yehuda a créé le néologisme (mehanekh), éducateur, et il fut l’éducateur par excellence d’autant qu’il inaugura une nouvelle ère (hanakh tekufa hadasha), hébraïsante pour le peuple juif.

Mais alors ? Rien sur la douceur des beignets ?

Mais si !

La lettre nun qu’on trouve au milieu de la racine éduquer a l’habitude de disparaître dans certaines formes grammaticales  et il nous reste alors seulement un mot de deux lettres (hekh) qui donnent le mot Hekh, le palais. C’est un mot qu’on trouve dans la célèbre phrase de la  Thora, : « Si je t’oublie Jérusalem, que ma langue s’attache  mon palais(tidbak leshoni le-hiki),

Pour dire que quelqu’un est un orateur de talent on dira que son palais est semblable à des douceurs (confiseries): hiko mamtakim,

Il y a a une très ancienne cérémonie qui combine douceur et éducation. Quand un enfant atteint l’age de la lecture, on l’invite  à manger des biscuits en forme de lettres recouvertes de miel pour que l’étude  soit douce à son palais .Mes enfants détestant le miel, j’avais recouvert les biscuits de Nutella. Est ce pour ça qu’ils n’ont pas eu que des bonnes notes ?

hanouka jedi(Musee de la caricature a Holon)

A bientôt,

* On les appelle aussi les Hashmonaim ce qui veut dire les princes

** les latkes ressemblent aux rösti suisses

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4 réflexions sur “Hanou Ka ou Hanouka?

  1. Pas que des bonnes notes, non mais oh! et l’aut’! on dit pas ce genre de chose sur son blog!!!! Tes enfants sont parfaits! et toc! 🙂

  2. Hanna, vous me donnez l’envie d’apprendre et vous titillez ma gourmandise. J’aimerais tant parler l’hébreu ! Puisque nous en sommes aux gourmandises, je vous en signale quelques-unes, des gourmandises religieuses. C’est à Ávila, la ville de Santa Teresa, que vous trouverez les meilleures, chez les Clarisas. C’est l’une des plus belles villes d’Espagne, par ailleurs située dans l’une des plus belles provinces du pays, Castilla y Léon. Le Convento Santa María de Jesús produit des douceurs incomparables. Connaissez-vous les yemas (jaune d’œuf) de Ávila ? En lien, la recette :
    http://www.petitchef.es/recetas/yemas-de-avila-fid-553928
    Et puis à mon tour de vous donner faim. Ce sont des recettes d’à-côté de chez moi : el alfajor de Caravaca de la Cruz (Murcia) ?
    http://foro.mundorecetas.com/showthread.php/197570-alfajor-de-caravaca
    Je vous conseille tout particulièrement el pan de Calatrava, moins lourd ; mais je vous préviens, il est difficile de s’arrêter :
    http://www.marmiton.org/recettes/recette_pan-de-calatrava-murcia_92389.aspx

    • Tout cela m’a l’air fort bon! Je vais essayer la première recette qui me semble une version cuite d’un reconstituant que l’on prend à la fin du jeune de Kippour: des jaunes d’œufs battus avec du sucre et versés dans du thé. Cela peut paraître un peu curieux mais c’est délicieux. Une de mes cousines y rajoute du whisky mais pour moi c’est trop fort après 25 heures de jeune.
      Quant à l’hébreu, vous pouvez l’apprendre grâce à internet et sur le site http://www.morim.com, qui est une mine pour les étudiants et les professeurs, on vous propose des cours par téléphone.
      Cordialement

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